Société d'Etudes Diverses
de Louviers et de sa région

Histoire-25 Questions
Et le drap de Louviers ?
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L’activité textile,
qui a disparu de notre ville,en a été le moteur pendant près de 1000 ans.
 Dès le Moyen-Age on peut trouver des indices de la fabrication de drap et de toile à Louviers.
          Vers 1190, dans le Roman du Chevalier du Cygne on lit le vers : « N’avaient pas cotieles de ce drap de Louviers ». En 1201, l’arche-vêque de Rouen achète au seigneur de Mesnil-Jourdain un moulin à foulon au Pont des Quatre Moulins. L’historien L.Barbe relève dans un document de 1205, le nom d’un drapier : Camin Draparius, les noms de Le Lenneur, Le Tainturier. Le Musée conserve un signet de 1368 destiné à marquer les draps. En 1379  le drapier Jehan Liard offre la « cloche des foulons » à Notre-Dame et au XVIe siècle les corps de métiers de la ville offrent le vitrail des drapiers.
         Ainsi, à l’époque médiévale, outre les activités de tannerie, Louviers est un centre important de production de toile de lin et de drap de laine.Les guerres  apportent souvent le trouble et la destruction dans ces activités. Et jusqu’à la fin du XVIIe siècle, l’industrie du drap ne réussit pas à se relever des malheurs de la Guerre de Cent Ans et ne  retrouve ni son éclat ni sa primauté par rapport aux autres centres.

Vitrail des drapiers -détail- Notre-Dame

Mais, en 1681 c'est la création, par privilège royal et sous l'impulsion de Colbert, d'une manufacture royale.
          Celle-ci, (détruite en 1940), est localisée à l'emplacement actuel de la rue du maréchal Foch et de la rue de l'Ile. Elle est dirigée pendant cinquante ans par François Le Camus. Cette infrastructure d'un type nouveau, réunissant pas moins de 60 métiers  et 1 900 ouvriers est consacrée à la confection de draps fins en laine. Elle se trouve également à l'origine de toute une tradition qui va se perpétuer sur plusieurs siècles.

Dès le début du XVIIIe siècle les fabriques de drap se multiplient.
          D’abord autour de l’église, puis vers le sud, le long de la rue Grande. En 1760, la ville compte 16 fabricants, 210 métiers et produit annuellement 2900 pièces de drap d’une valeur de un million de livres.
          En 1776, c'est la construction de la manufacture Decrétot, rue de l’Hôtel de Ville, « indubitablement la première fabrique de drap du monde » selon le voyageur anglais Arthur Young. En 1784, création faubourg Saint-Germain de  l’usine de la Mécanique qui introduit la mécanisation et l’énergie hydraulique dans le travail de filature. Le même Young relève en 1790 : « Le machinisme dans cette filature  épargne beaucoup de main d’œuvre puisque trois ouvriers font le travail de huit. » ; ce qui permet de comprendre que « tant de « jennies » ont été détruites par le peuple, dans l’idée que ces machines sont contraires à leurs intérêts … ». En 1792, la ville fait battre 300 métiers et emploie 5700 ouvriers.

En 1806, Ternaux crée une des toutes premières manufactures de drap  mues par la force hydraulique.
         Jusqu’à son expropriation en 1834, Ternaux développe l’activité drapière. Louviers voit la généralisation de la mécanisation et l’installation, jusqu’à la fin du siècle, d’entrepreneurs dont les noms sont encore connus : Jourdain, Ribouleau, Audresset, Jeuffrain, Breton, Miquel…Ils parviennent, avec les procédés et machines modernes, à maintenir la qualité, à abaisser les prix et à faire renaître une prospérité locale qui dure jusqu'au milieu du XXe siècle.

Mais après 1945, quelque chose se brise et disparaît à  jamais car la page de la ville drapière se tourne définitivement.
          Les années 1950 voient les usines textiles survivantes tourner au ralenti puis fermer successivement. Si le textile fait encore travailler 1400 personnes à cette époque, elles ne seront plus, en 1964, que 800. Pour résister, les entreprises fusionnent (Miquel et Breton en 1958, Jeuffrain et Vandevoorde en 1967) et jouent la qualité plutôt que la production de masse, mais le phénomène est irréversible : l’usine « des Grelots » débauche en 1951, l’usine des Remparts ferme en 1956, Miquel-Balsan un peu plus tard, ainsi que Jeuffrain-Vandevoorde en 1969. Les cheminées s’écroulent qui ponctuaient le paysage urbain ; la grande pulsation quotidienne des entrées et sorties d’usine rythmée par la sonnerie des sirènes, s’affaiblit, disparaît.
          Jusqu'à ces derniers jours, seule l’entreprise Audresset, avec 50 salariés, défendait la mémoire et la tradition textile en se spécialisant dans une production de luxe de filature et teinture à partir de fils d’origine animale exotique. Le 20 décembre 2002, elle cesse son activité de filature, invoquant le marasme consécutif aux attentats de New-York et la concurrence asiatique. Devenue friche industrielle, le 23 mai 2004, un incendie, probablement volontaire, détruit tout, à l'heureuse exception de la cheminée et du fronton. C'est donc 1000 ans de l'histoire de notre ville dont il reste bien peu de chose. Une salle spécialisée du Musée permet de mieux connaître l'activité textile de notre cité.


Toits de shed des anciennes usines Breton

Fronton de l'usine Audresset

D’après « La Chambre des Tisseurs – Louviers : Cité Drapière – 1680-1840 » de Jean-Michel Chaplain – Champ Vallon
et « L’Histoire de Louviers, évoquée par les choses »- S.E.D.

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