Société d'Etudes Diverses
de Louviers et de sa région

Histoire - 25 Questions
En savoir Plus. Le Nom de Louviers.
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Une quatrième hypothèse est à l'étude !

          Nous avons reçu de Monsieur Jean Franville, de Verdun, la contribution suivante à la recherche sur l'origine du nom de notre ville :
          " J'ai lu sur votre site un certain nombre d'hypothèses concernant l'étymologie de Louviers.
             Or partant des formes les plus anciennes connues pour ma ville de Verdun<-sur-Meuse>, à savoir Verodunum ou Virodunum, j'ai fait pendant deux ans des recherches sur le premier élément vero-/viro (le deuxième étant évidemment le celtique -dunum au sens de hauteur fortifiée). J'ai découvert ainsi qu'il existait un pseudo-latin "verus", issu en fait probablement d'un celtique *veru, que l'on retrouve (avec une alternance vocalique classique e/o ou a) dans *varu-enna>varenna (pseudo-latin) qui a donné généralement varenne (comme on a Ardu-enna>Ardenna>Ardenne) mais qui dans certaines régions donne tantôt Véronnes (les deux formes existent pour la même ville de Côte-d'Or, qui s'est appelée aussi Varonnes !), tantôt veyrune/vérune (ceci, dans le Midi).
           Certes, en pays d'oc, on a encore la forme simple "veyro" correspondante, mais on peut dire qu'ailleurs (si on met à part ce que le mot est devenu en Bretagne et dans le sud de l'Aquitaine), *v°ru (avec ° pour marquer l'alternance vocalique), a en fait abouti à la prononciation |ver|, qui est aussi celle de quantité de mots issus de racines toutes différentes, d'où une foule de confusions qui se sont aussi traduites au niveau de la graphie. Ainsi dans le nom de la ville de Châteauvert, écrit avec un -t alors que la première forme connue est "castellus qui dicitur Verus" ! Dans la charte latine où se lit cette expression, l'endroit nommé |ver(u)| / |ver| dans la langue "vulgaire" ("qui dicitur ...") a été tout simplement latinisé en verus au niveau de la terminaison, mais plus tard il sera carrément traduit par "viridis" (autrement dit par l'équivalent de "vert" en latin, d'où la graphie habitulle avec un -t (alors qu'en provençal on dit Castelveyre, comme dans le simple veyro ou le composé veyrune).
           Que signifiait *v°ru>|ver| en celtique commun ? Non pas "rivière" (comme votre site le dit pour la première étymologie - celtique aussi - qu'il propose) mais "alluvion" (les idées sont différentes, bien qu'évidemment apparentées - y compris sans doute par la racine qui vaut d'ailleurs pour les eaux en général et donc aussi bien pour celles de la mer). Le mot "alluvion" a l'avantage, puisqu'il renvoie à une racine signifiant baigner, de faire apparaître le même rapport entre l'idée d'eau d'une part, de matériaux apportés par elle d'autre part et le sens est bien exactement celui de terrasse alluviale (d'atterrissement comme on dit parfois) mais on peut préférer en pratique les mots de hauts-fonds, bancs, banquettes, îles. Justement, dans mes démonstrations (très précisément dans un mail du 15/05/2002, j'avais pris l'exemple de la ville de Louviers en disant à ce sujet : --------- "La ville de Louviers, d'après http://siteure.free.fr/376.htm , est désignée dans les textes anciens par Loc-Vers, Loveris, Locus Veris Veris (avec d'abord une forme où venait s'ajouter au locus latin (devenu loc dans cette région tout comme en Bretagne) un Veris qui comme Verus dans le castellus qui dicitur Verus vu plus haut semble avoir été d'abord un habillage latin d'un ancien [ver] mais cette fois par une désinence -is d'ablatif locatif pluriel (comme, en face de Aqua, on a Aquis ) Aix au sens de Aux Eaux), dans une expression qui signifiait donc le lieu-dit Aux Bancs ou Aux Iles et explique le -s de la forme correspondante Loc-Vers en langue vulgaire.
           Mais comme ce [vers] au pluriel (avec un -s final qui continuait alors à se prononcer) était devenu aussi incompréhensible que son singulier [ver], son -e- (probablement issu de l'évolution du même vocalisme gaulois qui, régionalement, a donné -a- dans un dérivé comme varennes) n'avait plus de raison d'échapper à la l'évolution que connaissaient, dans la même position, les -e- primaires, d'origine latine cette fois, et ver(i)s dans Loc Veris est devenu -viers dans Louviers.
           Les formes anciennes de Louviers (que Dauzat rapproche à tort du nom de La Louvière dans l'Aude) traduisent donc elles aussi la présence d'îles à l'endroit correspondant du cours de l'Eure. Et effectivement un plan de l'ancien Louviers visible à la page Internet déjà citée fait apparaître un certain nombre d'îles. On pourrait quasiment confondre ce plan avec celui de la cité de Verdun, qui est un ancien Verodunum, et qui était installée de part et d'autre de la Meuse ainsi que sur les îles qui barraient le cours du fleuve à cet endroit, exactement donc comme Louviers, le vieux castrum (quartier du Châtel) étant simplement un petit peu plus perché sur son "dunum". On peut donc conclure de là que dans le nom Verodunum, nom celtique malgré sa finale latinisée, l'élément *vero renvoie à l'idée de matériaux accumulés au sein d'eaux dont ils sont pour ainsi dire nés. Et ce qui est vrai pour le Verdun où j'habite (sur la Meuse), avec ses îles toujours existantes, est valable aussi pour Verdun-sur-Garonne et pour Verdun-sur-le-Doubs, où j'ai pu trouver des correspondants pour me le confirmer".
           Je pourrais vous citer quantité de toponymes - français ou étrangers - qui remontent à cette racine et qui n'ont jamais été compris. Je vous en donnerai quelques-uns si vous voulez. Mais j'aimerais d'abord que vous me confirmiez que cette interprétation s'accorde bien avec le site ancien de Louviers (je dis bien "ancien" car il arrive assez souvent que ces atterrissements aient ultérieurement disparu suite à des changements de cours naturels ou artificiels, à des curages, à l'urbanisation, etc., et je ne sais pas si Louviers présente encore ces îles qui figurent sur la "vue" de la ville que j'ai eu la chance de trouver sur Internet°). Je pourrais aussi vous parler des évolutions phonétiques et/ou sémantiques diverses qu'a connues ce vieux mot celtique. Mais là encore j'aimerais d'abord que vous soumettiez ce texte à la critique de spécialistes de linguistique, si vous en connaissez qui acceptent certaines remises en cause des "vérités officielles" (sur le sens de "varennes" qui se déduirait de celui qu'a pris une dizaine de siècles plus tard son doublet "garennes" par exemple !). Sachez en tout cas qu'il s'agit d'une racine fondamentale non seulement pour le nombre de toponymes qu'elle explique mais aussi pour ce qu'elle laisse entrevoir sur certains faits de civilisation ! Avec mes sincères salutations.
"

Monsieur Claude Blanluet, pour la SED, a fait la réponse ci-dessous à M. Franville.
           " Effectivement le site de Louviers est bien établi sur plusieurs îlots où le cours principal de l'Eure se divise naturellement en multiples bras permettant un accès facile au courant d'eau claire et vive, origine, comme à " Verviers " par exemple, des activités qui ont longtemps caractérisé la cité : tannerie et surtout production du drap de laine . Votre interprétation de l'explication du nom par le celtique VER (atterrissement ou peut-être berge) me semble particulièrement opportune. Peut-être même a-t-on pu abusivement attribuer à la racine VERN (saule) des toponymes qui ne s'expliquent que par la présence de la rivière ... Il ne faut pas toutefois négliger ici - mais peut-être toutes ces origines se sont-elles télescopées dans le langage parlé - un " domus veteres " devenu " locus veteres " (Louviers) dont l'évolution est lisible dans les écrits du moyen âge, sur l'emplacement attesté des vestiges d'un important domaine royal mérovingien.
           Bien à vous et remerciements. "

Monsieur FRANVILLE a complété sa contribution par ce courrier:
            Je vous remercie pour votre réponse qui est une confirmation de plus (la première m'est venue il y a deux ans d'un habitant de Verdun-sur-Garonne que j'avais interrogé sur un toponyme voisin Mauvers et qui me répondait : "L'étymologie du nom telle que vous l'avancez est très plausible : en effet, en ce lieu, la Garonne reçoit un afluent, le Marguestaud, qui a amené son lot d'alluvions rendant la navigation en ces lieux particulièrement périlleuse. A tel point qu'une chapelle, qui existe encore, a été édifiée sur une hauteur dominant le fleuve et son affluent, chapelle dédiée à Notre-Dame et érigée il y a plusieurs siècles par les mariniers)".
           Pour le <loci> "locus veteres" que vous citez comme attesté à côté des Loc-Vers, Loveris, Locus Veris et qui aurait remplacé "domus veteres", je pense qu'il s'agit d'une forme reconstruite à partir d'un mot de la langue vulgaire en "viers" issu des formes précédentes et réinterprété vaille que vaille. "Veteres" aurait évolué normalement en "vières" : le deuxième e disparaissant, le troisième se maintient sous forme d'e muet, tandis que le premier se diphtongue en "iè" [cf Foro vet(e)re > Fourvière à Lyon]. Rien de plus fréquent que ce genre de réinterprétation à travers le latin de formes d'origine gauloise continuant à vivre dans la langue vulgaire (telles quelles ou après avoir connu leur propre évolution indépendamment des réfections latinisantes) : j'ai déjà cité avec Châteauvert un "ver" au sens de "Le Banc" qui, après une latinisation de pure forme en Verus (Castellus qui dicitur Verus, comme dans Apud Verum> Vereux, site typique de Haute-Saône) est réinterprété, manifestement parce qu'il a continué à se prononcer Ver dans la langue vulgaire, en viridis, vert (parce qu'il y avait là une équivalence roman-latin habituelle).
          Bonvert (près de Roanne) qui, au contraire de Mauvers, est le "bon banc" (pour un passage à gué, sans doute et dont le deuxième élément finira, comme pour Châteauvert, par se muer en "-vert", est passé par Bono vario (le bon vair, avec "vair "de varium qui a donné aussi les "pantoufles de vair" de Cendrillon, devenues "de verre" dans les contes !), . Varatedo [où on a, en composition avec le suffixe celtique -ate (cf Condate>Condé/Condat) et un second suffixe -do (si ce n'est pas une évolution de dunum), le même var que dans Varennes] devient Variae > Vayres , toujours dans les mêmes conditions (parce qu'en fait le toponyme de la langue vulgaire s'est maintenu sous sa forme simple prononcée ver et parce qu'il y a eu aussi attraction par le vair issu du latin variu). De même le château de Ver près de Varades (même racine d'ailleurs) finira par devenir château de Vair. Varocium (autre dérivé de la même racine et qu'il faut rapprocher pour la forme du Vorogio de la table de Peutinger, devenu Vouroux, paroisse de Varennes-sur-Allier et du Villa Vereginis de Fortunat, devenu Baurech), devient Pontavert, tout simplement parce que, là aussi, dans la langue vulgaire issue de la langue gauloise, le lieu est resté connu sous le toponyme simple prononcé ver, jusqu'à ce qu'on construise un pont à cet endroit. Etc., sans compter le fait que les latinisants avaient en pratique incorporé dans leur lexique le nom gaulois de l'aulne, verno, devenu vern puis ver dans la prononciation [même évolution que infernu(m)>enfer]. De sorte que souvent le toponyme de la langue vulgaire qui se prononçait ver au sens de "le banc" a été confondu avec cet autre héritier de la langue gauloise. Le pauvre v°r(u) (=> ver/vor-/var, et bien d'autres formes) pouvait d'autant moins survivre à tout cela que souvent (mais heureusement pas toujours) la topographie ayant donné naissance à ce toponyme disparaissait ou perdait toute signification pratique (modification naturelle ou artificielle des cours, intérêt toujours plus réduit au fil du temps - en particulier pour les franchissements - de la présence d'un banc ici ou là). Le paradoxe est que v°r(u) est à la fois le plus courant et le plus ignoré des fossiles de notre langue (et d'autres d'ailleurs puisqu'on le retrouve aussi bien dans Weri vicus> Warwick en GB que dans Varicellae>Vercelli en Gaule Cisalpine). En tout cas, les exemples cités au-dessus prouvent, comme le signalait récemment un spécialiste de la langue gauloise, M. Xavier Delamarre, à propos de la civilisation gallo-romaine, que le gaulois a survécu un certain temps, sous la forme d'une langue rurale qui en était directement dérivée, à l'adoption par les clercs de ce qu'était devenu le latin à leur époque. Avec mes remerciements et mes sincères salutations.
       J. F.

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