Société d'Etudes Diverses
de Louviers et de sa région

Histoire - 25 Questions
Comment s'est passée la Révolution à Louviers ?
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                     Le cahier de doléances de Louviers, modéré dans sa rédaction, est cependant anti-féodal avec conviction, royaliste constitutionnel, plutôt " girondin ", et reflète clairement la revendication de voir reconnaître à Louviers un rôle administratif et politique plus conforme à son importance. Cette volonté réformatrice, va se trouver radicalisée par la crise sociale elle-même issue de la crise économique. La pauvreté et l'insécurité du lendemain, sont le lot commun du plus grand nombre, elles sont aggravées dans les années 80 par le chômage dû à une crise de la mévente du drap et aussi à la crise alimentaire. En effet, la mauvaise récolte de 1788, suivie par un hiver très rigoureux (nous sommes encore dans la période que Leroy-Ladurie qualifie de petit âge glaciaire) entraîne une flambée du prix du blé qui augmente de moitié aux halles du Neubourg.
                   Comme beaucoup de villes, Louviers connaît ses émeutes de la faim et son été chaud. Des bateaux chargés de blé à destination de Paris sont pillés par des Lovériens à Pont-de-l'Arche les 14 et 27 Juillet 1789. Le 27, c'est près de 4 000 personnes (Lovériens et habitants du Vaudreuil) qui convergent vers la Seine. La garde bourgeoise d'Elbeuf intervient pour mettre fin au pillage. Un des cavaliers du détachement est fait prisonnier par la milice lovérienne, et on évite de peu une bataille rangée entre les deux villes…
                 La crise alimentaire débouche sur une crise sociale que les autorités en place, royale et féodale, sont incapables de contrôler, alors que les nouvelles qui parviennent des insurrections de Paris et Rouen encouragent le mouvement populaire. A Louviers, devant l'incurie des institutions traditionnelles, le corps municipal bourgeois s'empare de facto des pouvoirs administratifs et de police en créant un comité de subsistances, un comité de sûreté, et une milice bourgeoise qui constitue un véritable bras armé et un rempart contre le brigandage et les désordres.
                  Les trois paroisses de Louviers sont bientôt réunies en une seule commune, administrée par un conseil municipal et un maire, le tanneur Ovide Papavoine. La ville devient un chef-lieu de canton et de district au détriment de Pont-de-l'Arche et abrite une Justice de Paix.
                  L'oligarchie des manufacturiers, qui contrôlait le pouvoir politique local et a su dans la tourmente se maintenir en place, subit cependant un revers aux élections de 1790 et doit partager le pouvoir avec une couche moyenne de laboureurs aisés. Certes, le taux de participation électorale est très faible, 28%, en raison du suffrage censitaire et de l'absence de formation des électeurs les plus pauvres, ce à quoi les nouveaux élus essaient de remédier en organisant des séances de lecture publique et en recrutant des fonctionnaires municipaux dans les couches les moins lettrées de la population. La crise économique perdure cependant, alors que les difficultés politiques intérieures et extérieures s'aggravent. La municipalité doit organiser la participation à l'effort de guerre : recrutement de 30 hommes pour les armées, réquisition des chevaux, mobilisation des cordonniers et des ouvriers travaillant le fer et le bois…
                Les titres féodaux, remis à la municipalité sont brûlés dans un grand feu de joie. Les réquisitions de blé aggravent encore la disette. Les jardins d'agrément, les espaces publics, les fossés de la ville sont convertis en potagers. Ces difficultés, les réticences des fonctionnaires à appliquer des mesures impopulaires et les résistances de la population font alors entrer la ville dans la spirale de la suspicion, de la répression et de l'épuration. La municipalité sanctionne des administrateurs, dresse des listes de suspects d'incivisme, ce à quoi la contraint le vote de la loi sur les suspects. Les fêtes civiques se multiplient, notamment sous le Directoire : fête de l'abolition de la tyrannie (30 pluviôse an III), de la juste punition du roi des Français (21 janvier), de la Nation (14 juillet), de la fondation de la République (22 septembre), de la Jeunesse (30 mars), des époux (29 avril), des vieillards (27 août), de l'Agriculture (28 juin)… En outre la glorification des victoires militaires, soutient le moral et la mobilisation politique de la population. La reprise de Toulon aux Anglais donne lieu à une grande fête le 30 décembre 1793.
                 Toutefois, en se rangeant prudemment dans les courants de pensée et d'action qui entraînent successivement le pays, les élus lovériens font preuve d'une modération certaine et leur zèle à adhérer à la réaction thermidorienne est significatif de leur souplesse et de leur adaptabilité, bien que certains soient inquiétés pour fédéralisme en 1793. Les difficultés empirent cependant avec l'incapacité du Directoire à y porter remède. C'est avec le soutien populaire qu'une unanimité de votants (peu nombreux il est vrai) accepte en l'an VIII la Constitution consulaire et un pouvoir fort qu'on imagine apte à résoudre les difficultés de toutes natures. Peu à peu s'organisent les nouvelles institutions.

Texte extrait de "L'histoire de Louviers, évoquée par les choses", brochure éditée par la SED.

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