Société d'Etudes Diverses
de Louviers et de sa région

Histoire - 25 Questions.
Pourquoi qualifier Louviers de Venise Industrielle ?
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Ce qualificatif  a été donné à Louviers en s’inspirant de  Monsieur J.M. Chaplain,  auteur du livre « la Chambre des Tisseurs », sur l’Histoire de l’industrie drapière de 1680 à 1840, dans lequel il donne à notre ville le titre de « Venise normande de l’industrie »

          Dans « L’histoire de Louviers, évoquée par les choses », Monsieur C. Blanluet apporte toutes les explications utiles pour comprendre l’importance du rôle de la rivière d’Eure dans la vie de Louviers.

 « L’eau tient une place privilégiée dans l’histoire de notre cité. La rivière qui n’est pas étrangère au peuplement du néolithique, explique aussi la cité gallo-romaine, surveillant le passage de l’Eure à Folleville.
          Mais, c’est au Moyen Age que l’avantage défensif se double d’un intérêt économique : la ville se développe  alors en un point où la rivière se divise en de nombreux bras et où l’accès au courant d’eau claire et vive bénéficie au maximum de parcelles, permettant le traitement du cuir et de la laine.
           L’eau modèle même le paysage urbain et hiérarchise la richesse foncière : aux plus riches les bords amont qui contrôlent (ou confisquent) l’écoulement des eaux. Aux plus modestes les bords avals puis les rues sèches  de la ville haute.
          Il faut cependant gérer très tôt la multiplicité des usages de la rivière, navigable de Chartres à la Seine, productrice d’énergie pour les moulins, indispensable au blanchiment des toiles, au lavage des cuirs, aux lavoirs domestiques et pourvoyeuse de poissons. Sous la houlette des seigneurs, au premier rang desquels l’archevêque propriétaire, qui perçoivent des droits sur l’usage des portes, vannages et moulins, la tradition attache à chacun des bras un usage qui lui est propre. Les mariniers naviguent sur le bras de l’Epervier, creusé  en 1516, le bras de la Londe alimente lavoirs et tanneries, le bras du Gril régularise le débit des bras urbains, les bras de Folleville, Bigard, de la Villette produisent l’énergie, tandis que les curandiers blanchissent dans les canaux des prairies humides de Folleville et du Becquet.


D'après des cartes postales anciennes, le quai des Lavandières et "l'Eure vue de la rue de la gare"

          Mais, cet équilibre est bouleversé à partir du milieu du XVIIe siècle par le développement économique qui raréfie les sites hydrauliques disponibles. Cette situation est aggravée par les progrès techniques qui exigent une régularité accrue des débits et des puissances pour alimenter des machines de plus en plus sophistiquées et performantes, mais qui tolèrent difficilement des interruptions de cycles. Un teinturier, Ricard,  s’établit en l’an II sur le bras de l’Epervier, brisant le modus-vivendi, et c’est le début d’un long conflit entre usiniers et mariniers. Il faut imaginer l’importance de la rivière, siège d’une circulation intense, pour la ville à cette époque. Deux ports, celui des Lavandières ( sur le quai de l’actuelle place de la Poissonnerie) et celui de la Porte de l’Eau ou du Quai de Bigards sont particulièrement actifs. L’Eure pourvoit les besoins en matières premières, laines et peaux, tans et écorces, fer et fonte. Elle assure le transit des vins du Val de Loire,  des céréales et farines de la Beauce, écoule une partie des productions de la ville et sert au flottage du bois. Mais la traversée de Louviers est un véritable casse-tête : outre les droits féodaux à acquitter, il faut franchir de multiples portes, vannes, ponts, moulins, et à chaque fois, atteler, dételer les chevaux de halage. Du point de vue des fabricants, les nuisances de la navigation ne sont pas moins grandes : la manipulation des portes marinières casse le débit, débraye les roues motrices, arrête ou perturbe les cycles de production, sans parler des bois flottants qui endommagent portes et vannes.
           La paix ne vient qu’en 1811 avec le creusement du canal de la Villette et le transfert du bassin des Lavandières à celui de Folleville. Mais, à peine le problème est-il réglé que la rivière navigable est déclassée en 1869, cédant le pas à la route et au chemin de fer.
           D’autres conflits éclatent : les usiniers s’opposent aux pêcheurs qui jettent leurs gords dans les canaux productifs, et aux riverains eux-même divisés. Tout cela est affaire de hauteur d’eau. Qui contrôle les vannages amont contrôle les débits, au risque de noyer prairies et jardins en ne laissant que les restes aux riverains avals. Les plus gros industriels qui mènent une véritable stratégie d’acquisition remettent en question les droits acquis et les traditions d’usage que les privilèges féodaux avaient figés. Une réglementation complexe est sensée remédier au problème en définissant une fourchette des hautes eaux. Mais des dérogations  sont autorisées en l’an II et les conséquences sont catastrophiques. C’est alors le début d’une nouvelle vague de polémiques qui va durer trente ans, ponctuée par des procès (Conflits de Fontenay, Ternaux, affaire Bourgois, affaire de la destruction du canal  du Gril par Hache, affaire du pont des Quatre Moulins) et même un crime de sang (l’industriel Germain Petit est tué par son rival Ribouleau en 1831).

           Les litiges aboutissent finalement à un partage du pouvoir entre les « gros », Ternaux, pour les bras de Fécamp et des Moulins, Bourgois pour ceux du Gril, de la Londe et de l’Ermitage ; et une ordonnance royale de 1830 fige définitivement les acquis des conflits, alors que le développement de l’énergie thermique et de l’usage de la vapeur (la pompe à feu) entament peu à peu la prééminence de l’énergie hydraulique et du moulin à eau.

          Que reste-t-il aujourd’hui de nos « rues d’eaux » : des sites remarquables, les quais réhabilités des Lavandières et de l’île Petou, vingt-et-un bras et canaux, parfois ignorés, quelques lavoirs et vannages, et des chutes, qui, faute de roue à pousser, grignotent patiemment leurs berges …
          Enfin, on ne peut pas parler de l’eau… sans parler d’un fléau dont notre ville fut maintes fois victime : l’inondation. Celles de 1704, 1784, 1792, 1840, 1841 sont restées dans la mémoire de l’histoire, bien que les Lovériens aient déplacé en 1704, le cours de la Ravine pour faire suivre à l’eau le fossé de la porte de Rouen. D’autres inondations eurent lieu en 1910, 1966, 1996… »

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