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Antoine Laugeois - Curé du Mesnil-Jourdain
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Antoine Laugeois (ou Langeois), successeur de Mathurin (Le)Picard à la cure du Mesnil-Jourdain de 1644 à 1676.
(et Antoine Laugeois de la Cornerie, huguenot)


L’existence et la vie du site Internet, les échanges qu’il autorise, ont permis, par exemple, d’approfondir la question de l’origine du nom Louviers ( voir Histoire-25 questions- Etymologie-en savoir plus).  Un autre échange de courriers électroniques nous permet de mieux connaître un homme courageux, le curé LAUGEOIS (ou Langeois), successeur de Mathurin Lepicard au Mesnil-Jourdain, au XVIIe siècle.
Nous avons reçu, en septembre 2003,  dans le courrier électronique de sedlouviers.com un « mail » dont voici un extrait :

" Bonjour,

Je suis intéressé par l'histoire de Louviers et de ses environs.
Surtout à partir du 16e, période où l'un de mes présumés ancêtres Antoine Laugeois dit de la Cornerie y a été exécuté, avec d'autres huguenots à la suite des événements de Lisieux en 1562.

Ensuite, un autre Antoine Langeois a été curé du Mesnil Jourdain, il y a écrit un ouvrage pour défendre la mémoire de son prédécesseur Mathurin Lepicard compromis dans l'affaire des possédées de Louviers.


[…] Merci
Christian Langeois"


                                                                                                    l'église du Mesnil-Jourdain

                                                             
Nous avons répondu à Monsieur Christian Langeois : 

"Merci de votre intérêt pour notre ville et notre association. […]
Concernant votre ascendant, le prêtre Antoine Laugeois, curé du Mesnil-Jourdain, et courageux défenseur de Mathurin (Le)Picard, le manuscrit de son " Innocence opprimée ou défense de Mathurin Picard ....", qui n' a pas été imprimé, est peut-être consultable à la médiathèque de Louviers. Des extraits  en ont été publiés en 1905 par notre société. Il serait possible de vous en faire parvenir une copie.

Nous avons trouvé les précisions suivantes sur Antoine Laugeois:

M. Laugeois, originaire du diocèse de Lisieux, a publié en 1664, un petit volume en vers français, intitulé L'Idée de la Foi, ou poème spirituel contenant l'explication du symbole, et un autre traité intitulé Moralité chrétienne sur les évangiles du Carême in-8°,

La défense de Mathurin Picard dont le titre est : L'innocence opprimée, n'a jamais été imprimée mais il en existe plusieurs copies manuscrites qui paraissent être la reproduction de l'extrait fait sur l'original par M. Chemin, curé de Tourneville, en 1779. Laugeois était mort en 1687.

Antoine Laugeois, curé de Mesnil-Jourdain 1644-1676, décédé le 24 janvier 1687, âgé de 62 ans, il était frère de Jean Laugeois, archer de la prévôté de Rouen et oncle de M. Antoine Laugeois, avocat à la Cour du parlement de Rouen.


(Mathurin Picard était originaire de Louviers, il fut curé d'Acquigny en 1608, nommé à la cure du Mesnil Jourdain en 1612, sur la résignation que lui en fit François Delangle chanoine d'Evreux. C'est là qu'il est mort en 1642.).

Restant à votre disposition, nous vous adressons nos meilleures salutations.
La Société d'Etudes Diverses de Louviers et sa Région."

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


 

M. Christian Langeois nous répond alors :

« Merci pour vos renseignements concernant mon ancêtre Antoine
Langeois curé du Mesnil Jourdain et défenseur de Mathurin LePicard. Je vous joins ce qui est maintenant sa notice (à enrichir).
Je reviens vers vous pour un autre Antoine Laugeois/Langeois dit de la
Cornerie dont je vous joint également ce que je sais.
La question est bien sur d'aller plus loin... »
Le petit pavillon aveugle, au centre, et la partie ruinée, à gauche ont dû abriter les curés du Mesnil-Jourdain et leurs vicaires. Nous sommes dans la cour du Manoir d'Hellenvilliers, du côté nord de l'église de Mesnil-Jourdain.

 

 

 

 

 

 



 

 


Voici la synthèse des informations recueillies sur Antoine Laugeois, par M. C.Langeois , sous forme d’une notice individuelle que nous publions telle qu’il nous l’a faite parvenir.

Notice individuelle de Antoine LANGEOIS ou LAUGEOIS

en 1625 à Saint Pierre de Cormeilles 
fils de Pierre (généalogie Langeois) et de Marguerite Mabon (voir fonds Lecourt AD 14)


Réf. Dictionnaire Historique de l'Eure p.529  AD 27 USVI25
" succéda en 1642 au fameux Mathurin LePicard, dans la cure du Mesnil Jourdain. Pour réhabiliter la mémoire de LePicard, compromis dans l'affaire scandaleuse des religieuses de Ste Elisabeth et de St François de Louviers, Laugeois composa un factum intitulé : L'Innocence opprimée ou défense de Mathurin LePicard. Factum dont il n'existe que des copies ( mss. Biblio. Leprévost )."

AD 27 série E UF 71 copie du livre
série G p.29 registre G 20 note sur ouvrages de Delange et Laugeois 
Cet écclésiastique est en outre l'auteur de deux ouvrages :  L'Idée de la foy ou poème spirituel en forme de paraphrase contenant l'explication du symbole apostolique ( Evreux  Jacques Rossignol 1665 in-8) et Moralitez chrétienne sur les évangiles du carême ( Rouen Hérault 1674 in-8 )
AD 27 5F art 71 " sur présentation de M. Pomponne le Roux seigneur du Mesnil Jourdain"
Antoine Laugeois fut curé de Mesnil-Jourdain de 1644 à 1676 et mourut en 1687

Mathurin LePicard ancien curé d'Acquigny, puis curé du Mesnil Jourdain mourut à Louviers en 1642. A la suite du scandaleux procés de Louviers, il fut exhumé pour être brûlé comme sorcier à Rouen le 2 Août 1647

Bibliographie :
P. Dibon           Essai Hist. sur Louviers p.124
Floquet             Histoire du Parlement de Rouen t.5 p. 624
R. Dubos         Les possédées de Louviers Histoire de Madeleine Bavent  Charles Corlet 1990      
R. Mandrou     Possession et Sorcellerie au XVIIe Hachette Pluriel no 8815
Société d’Etudes Diverses de Louviers Bulletin N° VIII de 1904 - C.Huet-

.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

A propos de son ancêtre présumé Laugeois de la Cornerie, M. C.Langeois nous  joint un long texte établit par l’historien lexovien Amédée Tissot : « Lisieux pendant la première guerre de religion. », dont on trouvera ci-dessous le préambule et les parties concernant Laugeois de la Cornerie.

 

 

Lisieux pendant la première guerre de religion
par
Amédée Tissot

          On sait que pendant les quarante années qui s'écoulèrent entre 1559 et 1599, la France fut désolée par des agitations, des troubles, des luttes civiles, dont l'histoire enregistre les multiples péripéties sous le nom de Guerres de religion.

         L'antique diocèse de Lisieux fut, comme tant d'autres, le théâtre de ces déplorables luttes intestines.

         L'opposition plus énergique qu'intelligente que fit l'évêque Jean Le Hennuyer à l'Edit du 17 janvier 1562, ordonnant la suspension des rigueurs exercées contre les protestants, ne contribua pas peu à exaspérer ces derniers, déjà irrités par les vexations et les persécutions dont ils étaient victimes depuis longtemps, et à déterminer un soulèvement général dans le diocèse.

         Dès le commencement de cette même année 1562, ceux de "l'Eglise nouvelle" comme ont disait alors, avaient pillé l'abbaye de Saint-Pierre-sur-Dives, s'étaient emparés de Pont-l'Evêque, Beuzeville, Honfleur, Pont-Audemer ; Coligny, à la tête d'une troupe dans laquelle se trouvaient des Allemands et des Anglais en grand nombre, avait saccagé toute la côte depuis Caen jusqu'à Dives. Le capitaine, gouverneur de Lisieux, Gui de Longchamps, seigneur de Fumichon, informé de la marche de ses adversaires, et fort désireux de protéger la ville confiée à sa garde, avait fait demander des secours au duc de Guise qui lui avait répondu de s'adresser au maréchal de Brissac, commandant à Rouen.

         Il ne paraît pas que la maréchal de Brissac ait donné satisfaction aux sollicitations de Gui de Longchamps, car le 5 mai, Lisieux tomba au pouvoir des protestants. Une troupe, à la tête de laquelle se trouvaient Guillaume de Hautemer, seigneur de Fervaques ; Louis d'Orbec, bailli d'Evreux ; les seigneurs de Cerquigny et de la Cressonnière, deux tabellions de Lisieux même, et quelques autres personnages, s'empara des portes de la ville et se livra dans l'église cathédrale de Saint-Pierre à un pillage qui ne dura pas moins de trois ou quatre jours.

        Mais le trouble qui résulta de cette prise de possession se prolongea bien au delà de ce temps. Ce ne fut, en effet, que le 13 août suivant, c'est-à-dire plus de trois mois après, que procès-verbal put être dressé par le bailli de la ville, le sieur de Pontmolin, conseiller du Roi, pour constater le nombre, la nature et la valeur des objets disparus, brisés ou brûlés, pendant ces trois ou quatre déplorables journées.

        Voici ce procès-verbal qui fait connaître les richesses en objets d'art religieux, en documents historiques et en titres précieux, que possédait l'église Saint-Pierre de Lisieux, et dont la perte, à jamais regrettable, fut constatée ; procès-verbal, dont il existe plusieurs copies, mais qui n' pas encore été livré à la publicité par l'imprimerie.

PROCES-VERBAL remarquable des vols et pilleries qui ont été commis dans l'Eglize cathédrale de Saint-Pierre de Lisieux par les malheureux huguenots en l'an mil cinq cents soixante et deux.

Item que un nommé maître Antoine Laugeois dit de La Cornerie, de la paroisse de Cormeilles, estant conducteur et capitaine de la compagnie qui vient dudit lieu de Cormeilles pour faire le sacagement et démolition en ycelle Eglize ayant la halbarde à la main commandoit et disoit tout ce qu'il pouvoit de sa menée jusque à la fin du sacagement et démolition.

         Les désordres commis par les protestants, lisons-nous dans l'Histoire de Lisieux, de M. Louis Du Bois, ne demeurèrent pas longtemps impunis. Sur les plaintes portées par les chanoines de la cathédrale, un certain nombre "de séditieux qui, à Lisieux, à Cormeilles, à Pontaudemer, avaient saccagé les églises, furent menés par charretées à Louviers, où ils ne devaient pas longtemps languir".
        
En effet, dès le mois d'août, puis en septembre et en octobre, le Parlement de Rouen rendit plusieurs arrêts condamnant la plupart des accusés à la potence et même au supplice de la roue. C'étaient en général des hommes des dernières classes du peuple qui furent l'objet des plus cruelles condamnations : on nomme parmi eux Jean Heuttes, marin ; Jacques Legras, ceinturier ; Laurent Logier, charpentier. "Ces malheureux, dit M. Floquet, dans son Histoire du Parlement de Normandie, t. II, p. 432, avaient été mis en mouvement par de plus grands qu'eux, par un sieur de Fervaques, par un Louis d'Orbec, sieur de Bienfaite, bailli d'Evreux, par les sieurs de Cerquigny, d'Aigneaux, de la Cressonnière, et quelques autres gentilshommes plus ou moins puissants et protégés".

Le chevet de la cathédrale Saint-Pierre de Lisieux.


 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

La fin de cette histoire se situe en fait à Louviers. C’est en effet le moment où le Parlement de Rouen se réfugie à Louviers.

En réponse la SED fait parvenir à M. Laugeois le texte suivant :

 


Dans le vieux Louviers, la maison de gauche est appelée (à tort) Maison du Parlement. Le Parlement siégeait probablement, un peu plus bas dans la rue, dans une maison disparue.

"Si nous n'avons rien concernant directement Antoine Laugeois de la Cornerie, le texte joint, extrait d'un ouvrage intitulé "Louviers le Franc", publié en 1914 par Alphonse Levasseur, revu et complété en 1993 par les historiens de notre association, permet de supposer le sort qui lui est peut-être advenu, s'il a été conduit à Louviers à l'automne 1562.
En vous remerciant de vos documents et au plaisir de vous lire, recevez nos meilleures salutations.

1562 : Le Parlement de Rouen à Louviers

         La Réforme protestante, introduite en Allemagne par Luther, le fut en France par Calvin. Dès le début, elle fut combattue par les rois François Ier et Henri II. Après le court règne du pâle roi François II, les guerres de religion ensanglantèrent la France et Louviers connut bientôt les vicissitudes de la guerre civile.

         Dès 1562, les principales villes de la Normandie, Rouen entr'autres, tombèrent aux mains des protestants. Le Parlement de Normandie, qui tenait ses assises en cette ville, dut la quitter, et les nombreux crimes qui se commettaient dans la province restèrent impunis, le Parlement étant pour ainsi dire dissous.         Sur l'ordre du roi Charles IX, il fut décidé que le Parlement de Normandie tiendrait et exercerait la justice, tant pour le civil que pour le criminel, en la ville de Louviers. Il se transporta dans notre cité le 5 Août 1562, et tint ses séances dans la rue Tournante « en la maison de maistre Simon Behotte, bailli de Louviers », probablement aux numéros 10 et 12. Il n'admit à siéger dans ses rangs que ceux de ses Membres qui justifièrent clairement de leur orthodoxie et se purgèrent authentiquemcnt de toute connivence avec les religionnaircs rebelles. Le président, Daniel du Bois d'Ennemets, voulut en vain se faire admettre à continuer ses fonctions dans le Parlement réfugié à Louviers. Malgré ses réponses satisfaisantes aux reproches qui lui furent adressés, malgré une justification complète, malgré des lettres patentes du roi qui l'autorisaient à reprendre sa place, ce président fut contraint de s'abstenir de ses fonctions. Il en fut de même du conseiller Bouchart, en dépit de ses vives instances. Le 13 Août 1562, 21 conseillers, 2 avocats du roi, les greffiers en chef civil et criminel, firent en présence de deux grands vicaires délégués par l'Archevêque de Rouen, la profession de foi suivante, après avoir désigné le lieu où ils avaient fait leurs pâques : Nous, souscriptz, présidents et conseillers, advocatz et procureurs généraux du Roy, et greffiers de la Cour du Parlement de Rouen, croyons et professons, en vérité et sincérité de cœur les articles insérez et approuvez par les lettres patentes du feu roi François l" (que Dieu absolve) ci-dessous escriptz, en la foy desquels articles nous voulons vivre et mourir, et promet­tons à Dieu, à sa glorieuse mère, à ses anges et à tous les sainctz et saintes en la présence de cette notable compaignie, garder et observer de tout nostre pouvoir, aux subjects du roi nostre souve­rain seigneur, sans faire ny souffrir aucune chose au contraire, direc­tement ou indirectement, en quelque manière que ce soit. En témoing de quoy, nous avons tous signé, de nostre propre main cette présente profession et déclaration à Louviers ce dict jour 13 Août 1562.
          Tous les officiers de justice en Normandie furent tenus d'aller à Louviers justifier de leur orthodoxie et l'on y vit venir faire profession de foy plus que à mille gens de loy et qualité des villes circonvoisines. Le 26 Août 1562, le Parlement arrêta son programme. Son dessein était de restablir en Normandie le service de Dieu et de l'Eglise, de rendre le Clergé à ses fonctions, de réprimer, de punir les désordres com­mis, d'en prévenir à jamais le retour, de restablir le peuple dans la paix et l'union, sous l'obéissance du roy, de remettre enfin les choses dans l'estat deû et primitif. C'est de Louviers que le Parlement prit des arrêts très rigoureux contre les protestants. L'un d'eux permettait à tous d'arrêter les ministres et les présidents, de les tuer et mettre en pièces s'ils résistaient. Cet arrêt, censuré par Théodore de Bèze et de Thou, causa une vive indignation à Rouen. D'autres arrêts suivirent, tout aussi impitoyables. La Cour applaudit d'abord à ces rigueurs, mais dans la suite Michel de Castelneau fut envoyé à Lou­viers avec mission de prêcher la modération aux Membres du Parle­ment. Ne nous étonnons pas, dès lors, si les fureurs, les crimes des deux partis, les échafauds, les roues, les gibets, furent en permanence à Louviers.
          Tous les jours, les calvinistes arrêtés comme rebelles, étaient jugés et condamnés. Les Lovériens qui n'étaient pas catho­liques reçurent l'ordre de quitter la ville dans les vingt-quatre heures sous peine de mort et de confiscation de leurs biens. La terreur régna et chaque jour, pour tout dire, c'étaient de nouveaux arrêts de mort et le bourreau n'avait plus de relâche. L'ambassadeur d'Espagne, qui se trouvait dans notre cité, assista à ces affreux spectacles qu'il décrivit dans une de ses lettres dont j'extrais ce passage : « Je fus dans une villette appelée Louviersje veiz, à trois fois, pendre soixante huguenots et un ministre... ». Rouen venait d'être reprise par les catholiques et, le 28 Octobre 1562, Louviers n'étant pas sûre pour les Membres du Parlement, ces derniers regagnèrent la capitale normande.

(extrait de « Histoire de Louviers  des origines à nos jours » (« Louviers le Franc ») de Alphonse Levasseur, réimpression de l’édition de 1914, mise à jour et complétée par des historiens de Louviers pour la période 1914-1992)."



Le tome VIII du bulletin de la SED de 1905, où l'on trouve de larges extraits du manuscrit d'Antoine LAUGEOIS.


Extrait du début du manuscrit d'Antoine Laugeois qui situe le courage de cet homme, mettant en cause la "chose jugée" par le Parlement de Rouen.


Voir aussi le dossier Le Couvent St-Louis-Ste-Elisabeth. Les Possédées de Louviers

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