Société d'Etudes Diverses
de Louviers et de sa région

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Journées Archéologiques Régionales 2003
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Samedi 3 et Dimanche 4 mai 2003,
au Moulin de Louviers, se sont tenues:

Les Journées Archéologiques Régionales
Organisées par le Centre de Recherches Archéologiques de Haute-Normandie

en collaboration avec : la ville de Louviers, la Société géologique de Normandie, les Amis du Muséum du Havre, Les Amis de Bernay, Archeo 27, Les Amis des Monuments et Sites de l'Eure, la D.R.A.C., la Société d'Etudes Diverses de Louviers.


Samedi 3 Mai, matin:
Ouverte dès 9 h 30 par M. JeanPierre WATTE, ce samedi 3 Mai, dans l'accueillante salle du Moulin, la première de ces deux journées se déroule devant une assistance nombreuse et attentive.

Au nom de la Municipalité de Louviers, M. Denis LAHAYE, Adjoint à la Culture, souhaite la bienvenue aux participants. Il souligne l'intérêt qu'il attache à l'archéologie, à la préservation du patrimoine, à l'information d'un vaste public à travers les réalisations et les activités pédagogiques du Musée.

Puis, M. Guy SAN JUAN, Conservateur Régional de l'Archéologie, fait le point sur l'état de la recherche archéologique dans notre région. Il insiste d'abord sur la nécessité d'établir, dans les années qui viennent, un bilan complet de l'état des connaissances acquises ces trente dernières années. Puis il détaille la situation actuelle de la recherche . Pour les fouilles programmées, il juge le nombre d'opérations insuffisant et ces opérations trop dispersées. Pour les fouilles préventives, son jugement est beaucoup plus positif. Ces fouilles préventives permettent un accroissement et un renouvellement important des connaissances, autorisent une couverture importante des deux départements, en particulier en suivant les grands axes routiers et la vallée de la Seine.

M. Bernard BODINIER, Président de la Société d'Etudes Diverses de Louviers et sa région, association lovérienne co-organisatrice, présente la S.E.D., ses activités et ses travaux de recherches archéologiques.
Dès son origine, en 1893, la S.E.D. procéda à des fouilles, et eut comme président, au début du XXème siècle, un des plus prestigieux archéologues de l'époque : Léon Coutil. M.r Bodinier termine ainsi : "Comme on peut le voir à travers cette rapide évocation, la Société d'Etudes Diverses de Louviers n'a cessé de s'intéresser au passé de la ville, à ses monuments, à l'archéologie... Moins qu'il y a un siècle sans doute pour ce qui concerne les fouilles et les travaux de
recherche proprement archéologiques, mais c'est une question de passion individuelle, de qualification et de réglementation : on ne s'improvise pas archéologue. Quoi qu'il en soit, l'association se préoccupe de la sauvegarde de l'église Notre-Dame, du couvent des Pénitents et s'attache à présenter aux Lovériens les témoignages de leur passé."

Puis c'est le début des communications scientifiques proprement dites. Celle de M. Nicolas WASYLYSZYN permet de mesurer le chemin parcouru par la ville de Grand-Couronne, depuis le village du Haut Moyen-Age, le bourg agricole du XIXème siècle, l'industrialisation de l'entre deux guerres, jusqu'à la ville industrielle et portuaire, de près de 10 000 habitants, d'aujourd'hui.

MM. Jean-Pierre WATTE et Yves LEPAGE, replacent dans le contexte régional, la découverte d'un nouveau site campaniforme en Seine-Maritime : celui d'Octeville. Ils indiquent "En Seine-Maritime, l'influence campaniforme apparaît seulement perceptible par la découverte de tessons isolés recueillis dans les produits de dragages de Seine et les restes d'un gobelet trouvé sur l'habitat d'Yport-Saint-Léonard, à quelques kilomètres de la Manche. La mise au jour fortuite d'une série de tessons campaniformes en rebord de falaise à Octeville-sur-Mer, à côté du Havre, laisse augurer l'existence d'un habitat structuré qui fera l'objet de fouilles en Juillet 2003."

Les fouilles de la ZAC du Long Buisson au Sud-Est d'Evreux, sont présentées par MM. Cyril MARCIGNY et Vincent CARPENTIER. "Inscrites dans le cadre du vaste plateau argileux de Saint-André, qui s'étend au sud-est de l'agglomération d'Évreux, les fouilles de la ZAC du Long-Buisson concernent une superficie totale de 140 ha, au sein de laquelle près de 40 ha ont été retenus à l'issue des résultats du diagnostic pour l'extension des décapages archéologiques. Les vestiges identifiés s'échelonnent du Paléolithique au Moyen-Âge, offrant ainsi l'opportunité exceptionnelle de pouvoir mener l'étude d'un site dans la longue durée, tant en suivant le fil des occupations humaines qui s'y sont succédées, que par la prise en compte des dynamiques environnementale et paysagère qui constituent le cadre de vie de ces populations. L'impact de l'anthropisation sur le milieu naturel, la dynamique des équilibres, le rythme et la forme des occupations attestées depuis les premiers temps du Quaternaire, constituent les lignes de force de l'approche analytique du site, marquée par une démarche pluridisciplinaire associant archéologues, paléoenvironnementalistes et spécialistes du milieu (palynologues, anthracologues, géomorphologues…), des mobiliers (lithiciens, céramologues) et des macrorestes animaux et végétaux (archéozoologues, carpologues,,,), anthropologues et historiens."
          
La matinée se termine sur l'intervention de M. Sébastien LEFEVRE
, qui propose une origine médiévale aux grandes enceintes quadrangulaires du bassin de la Risle, à travers les résultas des sondages réalisés en 2002 sur le site des Grands-Parquets, à Condé-sur-Risle dans l' Eure.

Samedi 3 Mai, après-midi:
Le site du Vieil-Evreux fait l'objet des deux premières interventions de l'après-midi.
D'une part, M. Laurent GUYARD et Mme Sandrine BERTAUDIERE ont surveillé les travaux d'enfouissement des réseaux et obtenu des connaissances nouvelles: "Les apports de ces surveillances de travaux sont nombreux et concernent la topographie historique de la ville dans son ensemble, depuis son apparition jusqu'à nos jours. D'une manière générale, on peut considérer que le site archéologique du Veil-Evreux est dans un relativement bon état de conservation, malgré sa situation en contexte rural. En de nombreux points, des stratigraphies antiques ont été observées sur quelques décimètres, dans des secteurs parfois inattendus et sur des surfaces apparemment considérables. L'un des enjeux importants de ces surveillances concernait la question des origines du site du Vieil-Evreux. Y avait-il une occupation gauloise sous-jacente importante ? Les tranchées n'ont rien révélé de tel, et aucun vestige antérieur à l'époque romaine n'a été clairement identifié. Les traces d'occupations les plus anciennes ont été repérées à l'emplacement du sanctuaire et ne seraient pas antérieures à l'époque augustéenne."

D'autre part, MM. Arnaud COUTELAS et Laurent GUYARD, ont étudié les mortiers de chaux utilisés dans la construction des thermes du Vieil-Evreux."Pour la compréhension du site, l'apport de l'étude des mortiers de chaux est ici réellement exceptionnel, puisque le suivi des phases de construction peut se faire grâce à une évolution " naturelle" des mortiers bien que la recette ne change pas sur ces quelques décennies de construction et transformations des thermes, le mortier passe successivement par sept étapes différentes. La typologie est révélatrice des arrêts de construction, saisonniers ou de plus longue durée."


L'intervention suivante, de M. Christophe COLLIOU, nous ramène à Louviers, plus précisément à l'église Notre-Dame.
La découverte d'un jointoiement de type inconnu entre les dalles de couverture des bas-côtés, puis d'une sole de chauffage dans les combles du choeur constitue une sorte d'énigme. Ce qui conduit M. Colliou à conclure : "L'église de Louviers recèle deux faits sans précédents, un système de jointoiement composé d'oxydes, étanche depuis plusieurs siècles et une structure de chauffage de grande taille, posée directement sur la voûte du choeur. La recherche à venir a comme objectif d'établir clairement le lien entre ce joint inconnu et la sole, mais également de comprendre les motivations de leurs concepteurs et replacer chronologiquement les différents éléments découverts"

Présentée (et expérimentée) par Mme Sophie TALIN d'EYZAC et MM.Christian DAVID, Eric BROINE, Nicolas THOMAS, la méthode de reconnaissance géophysique planimétrique par la méthode électrique à la maille carrée de 10 cm appliquée à la fouille des "terres noires"  rurales et urbaines ouvre des perpectives prometteuses .
   
Pour clore cette première journée, M.Dominique LEOST propose de s'interroger sur la place exacte que tenait le château de Rouen dans le programme de Philippe Auguste, "en montrant son originalité tout en relevant les points communs avec d'autres constructions de ce souverain. En effet, la faiblesse des renseignements connus sur le château de Rouen a eu tendance à minimiser l'importance de cette construction peut-être la plus importante du règne et à privilégier Dourdan qui est mieux conservé."
       

Dimanche 4 Mai, matin :
La première partie de la matinée est consacrée à la prospection aérienne.
Ce sont d'abord Mme Annie ETIENNE et M.Pascal EUDIER, qui, à travers les photos qu'ils réalisent depuis plusieurs années avec l'association Archéo 27, offrent une démonstration éclatante du procédé pour la découverte ou la confirmation de sites. Leur exposé se "limite" au fanas reconnus dans le département de l'Eure.
Puis M. Jean-Noël LEBORGNE et Mme Véronique LEBORGNE, qui opèrent à partir de l'aérodrome de Bernay, exposent les difficultés de la prospection aérienne, tributaire des cultures, des saisons, de la météorologie et présentent leurs clichés les plus significatifs pris dans la moitié ouest du département de l'Eure en 2002.

M. Frédéric EPAUD a étudié la charpente de l'église romane de Neufmarché-en-Lyons. Bien que cette charpente ait été restaurée au début du XVIIIème siècle, les parties épargnées et les réemplois des bois d'origine, lui permettent de donner une description précise d'une charpente romane du XIème siècle. Et d'en situer l'importance non seulement dans la structure, mais dans l'aspect de l'édifice. Il propose en conclusion: "Si l'exemple de Neufmarché-en-Lyons n'autorise aucune généralisation, il permet néanmoins d'échafauder de nouvelles hypothèses sur le décor extérieur des églises romanes. L'extrême rareté des charpentes du Xle siècle encore en place ne peut que stimuler notre attention à leur égard mais doit également nous inciter à la plus grande prudence quant à leur interprétation et à leur analyse. La connstruction du chevet de l'église de Neufmarché et la mise en place de cette charpente lors de la transformation de la collégiale en prieuré par Hugues de Grandmesnil, attestée par les textes vers 1065 et par la dendrochronologie entre 1055 et 1070, constituent un nouvel étalon de référence pour l'architecture romane normande et illustrent avec évidence l'intérêt de mettre en corrélation l'étude des charpentes et celle des structures maçonnées. Notons enfin qu'il importe de s'attarder particulièrement, dans l'étude du bâti médiéval, sur les rares témoins de la réflexion technique des charpentiers qui transparaissent au travers les erreurs de conception, les défauts de taille et certaines opérations de préparation des bois comme le marquage des assemblages. Ces indices fugaces permettent en effet de percevoir le mode de réflexion technique des charpentiers du Xle siècle et de suivre le processus mental de ces hommes lors de la conception et de l'élaboration de la charpente. Au-delà de la définition de l'évolution des techniques et des structures de charpenterie, cette démarche tente avant tout de comprendre cette évolution à travers la perception de la pensée technique des charpentiers."

Puis, M. Jacques LE MAHO, présente ses hypothèses sur la situation probable du premier pont de Pont-de-l'Arche, le grand ouvrage construit, entre 862 et 877, sur ordre de Charles le Chauve pour barrer la route fluviale aux flottes vikings. Ce grand ouvrage était protégé sur chaque rive par un castelet. S'il ne reste rien du "Fort" de la rive droite, M. Le Maho propose que celui de la rive gauche ait eu pour limite le tracé de l'actuelle rue Blin, et "dans cette hypothèse, il faudrait supposer que la tête de pont de la rive gauche se situait assez nettement en aval de son emplacement actuel au IXe siècle. Elle devait être constituée par une grande tour-porche de maçonnerie analogue à celle que décrit le moine Abbon de Saint-Germain-des-Prés dans sa description du pont fortifié de Paris lors du siège de 885-887. Il est possible que cette tour ait servi en même temps de porche à l'église paroissiale Saint-Vigor, ce qui classerait cette dernière dans la catégorie des " chapelles de pont", censées assurer la protection des voyageurs. A l'appui de cette interprétation, notons qu'une autre chapelle, sous le titre de Saint-Etienne, était associée au châtelet de la rive droite. Les deux titulatures suggèrent un lien très ancien avec la cathédrale de Bayeux, connue par ailleurs pour l'importance de son patrimoine dans la basse vallée de la Seine avant l'an Mille."

La fin de cette matinée revient à M.Jens Christian MOESGAARD, Conservateur de la collection royale des monnaies et médailles - Nationalmuseet Danske Afdeling -Danemark, qui présente, non sans humour, quatre trésors monétaires, parmi la trentaine de découvertes faites à Louviers depuis un siècle et demi :
Les monnaies anglaises en nombre inconnu enfouies vers 1083 et découvertes en 1877, 33-35 rue Saint Germain
Les 108 monnaies, la plupart de petites dénominations, cachées sous un toit rue du Mûrier pendant l'été 1358 et découvertes lors des fouilles archéologiques préventives en 1999.
La bourse perdue par un soldat anglais dans la Forêt du Bord/Louviers à la fin de la Guerre de Cent Ans
Un dépôt de faux-monnayeur, datable du règne de François 1er (1515-1547), découvert en 1860 au cimetière de Louviers.

(Toutes les citations affichées en vert sont extraites de "Haute-Normandie Archéologie " N°8, publication du Centre de Recherches Archéologiques de Haute-Normandie -CRAHN)

Dimanche 4 Mai, après-midi :
MM. Gérard BROGLIO et Eric PETEL font découvrir, au cours de l'excursion à Caugé, les remarquables graffiti des murs de l'église de ce village de l'Eure.

Le Moulin de Louviers

 


 

 

 





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