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Pont-de-l’Arche et l’industrie de la chaussure.
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Pont-de-l’Arche et l’industrie de la chaussure.

Le travail de la chaussure est une spécialité qui est à Pont-de-l’Arche ce que le drap de laine fut à Louviers et Elbeuf. Si les origines les plus lointaines de cette activité nous échappent, nous savons que, dès le XVIIIe siècle, la ville de Pont-de-l’Arche accueillait près de 25 cordonniers, ce qui était très important pour une ville de moins de 1800 âmes.

Par la suite, cette activité somme toute familiale se développa peu à peu en industrie durant le XIXe siècle. Les industriels allaient déposer la matière première chez l’ouvrier-artisan et venaient ensuite récupérer le travail, c’est à dire le chausson (qui fut remplacé par la chaussure dans les années 1930). Le savoir-faire ancestral existait encore et dépendait de chaque ouvrier. Toutefois, les conditions de vie de ces ouvriers étaient exécrables comme le rapporte Octave Mirbeau dans Le Roman d’une Femme de Chambre : " La plupart des chaussonniers, qui n’ont pu livrer aux usines le travail de la semaine, travaillent encore… Et je vois derrière des vitres, de pauvres faces chétives, des dos courbés, des mains noires qui tapotent sur des semelles de cuir…"

Puis vint la Révolution industrielle, les usines se développèrent et regroupèrent les ouvriers en accentuant le contrôle de ceux-ci, et notamment leur techniques personnelles. Ces locaux en brique rouge sont encore visibles à Pont-de-l’Arche (rue Maurice Delamare, Roger Bonnet, Charles Cacheleux…) aux Damps (avenue de la forêt de Bord) et à Igoville. Mais, malgré l’essor de cette industrie, les salaires de "la chaussure" restèrent bien inférieurs à ceux des autres secteurs et la contestation a pu naître aussi à Pont-de-l’Arche qui, désormais, était le principal employeur de la ville mais aussi de la région (dans les années 1930, 1300 ouvriers venaient quotidiennement par la gare d’Igoville-Alizay, ou en vélo, à pied...)

C’est ainsi qu’en 1932 la plus grande des grèves archépontaines vit s’opposer plusieurs centaines de manifestants aux forces de l’ordre, qui chargèrent à cheval les grévistes dans la rue Roosevelt, faisant plusieurs blessés... Cette grève s’opposait à la baisse des salaires de 10 % que le patronat justifiait par la concurrence étrangère. Les grévistes échouèrent

Puis vint le temps où de multiples petites entreprises, qu’elles soient familiales ou un peu plus importantes se développèrent à côté des grandes usines, par exemple, des Fils Prieur, Marcel Ouin, Paul Nion… Malgré les conditions de travail et la faiblesse de la rémunération, l’industrie de la chaussure permit à la population de Pont-de-l’Arche et des alentours de développer une sociabilité intense. La fête de la Sainte-Anne était une des fêtes les mieux réputées de la région et les Archépontains, dans les murs de la ville médiévale, ont gardé plus longtemps qu’ailleurs en campagne, un patois normand mêlé d’argot, qui était inévitablement accompagné par les sobriquets. Les sobriquets étaient des surnoms, souvent très ironiques, donnés à quasiment tous les habitants. Ils disparurent dans leur plus grande majorité peu apr ès la seconde Guerre Mondiale, montrant ainsi à la fois un relâchement des liens mais aussi le déclin de l’industrie de la chaussure.

En effet, les usines de chaussures fermèrent leurs portes à l’exception de Marco, encore en activité aujourd’hui. De nombreux ouvriers de la chaussure se reconvertirent donc à la SICA, ancêtre de "m-real", où les salaires étaient supérieurs à ceux des usines archépontaines. L’industrie de la chaussure a donc eu une importance non négligeable sur la sociabilité et sur l’économie de Pont-de-l’Arche et de sa région et c’est ce qui la rend désormais incontournable dans tout ouvrage d’histoire locale. Qui plus est, elle a longtemps constitué le plus grand bassin d’emplois de la région de Pont-de-l’Arche.

(article de M. Armand Launay publié dans La Fouine n° 6, mars 2005)

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