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Histoire-Les Dossiers-Mendès France
Premiers pas de Pierre Mendès France dans l'Eure.
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Conférence de Monsieur Claude CORNU
Professeur agrégé de Lettres
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Les 8 et
29 Novembre 2002
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Louviers - Evreux

 


L'arrivée de Pierre Mendès France dans l'Eure.

 

  L’élection de Pierre Mendès France à Louviers en 1932 suscite le plus souvent l’étonnement. Il n’a que 25 ans et ne détient aucun mandat électif, alors que l’âge moyen de la première élection à la Chambre des députés, pour les parlementaires de l’Eure sous la Troisième République, est de 46 ans(1). Il n’a aucune attache dans le département, alors qu’on prétend que l’électeur normand n’accorde sa confiance et son suffrage qu’à un candidat du terroir. Mendès France lui-même, dans un livre d’entretiens paru en 1974, écrivait : « La circonscription était réactionnaire et essentiellement rurale (…). A la stupeur générale, y compris la mienne, j’ai été élu »(2). On ne peut se contenter pourtant de prendre acte de cette stupeur. Nulle élection n’est le fruit du hasard. Comme l’écrivait André Siegfried, « si l’enfer même a ses lois, pourquoi la politique n’aurait-elle pas les siennes ? »(3). Si Mendès France l’a emporté, même de 239 voix seulement, c’est, sans doute, que les conditions objectives du succès étaient réunies et que la circonscription n’était pas aussi réactionnaire qu’on se plaît à le dire. Pour comprendre comment ses premiers pas en politique ont été couronnés de succès, il importe donc d’étudier trois questions. Pourquoi avoir choisi, lui Parisien, de faire campagne à Louviers ? Quelle était la physionomie sociologique et politique de la circonscription, quelles chances offrait-elle à un candidat radical ? Enfin, quelle action a-t-il menée pour s’implanter et finalement l’emporter ?

                 La venue de Mendès France dans l’Eure tient à la fois du hasard et de la nécessité. C’est le hasard qui conduit ses premiers pas dans le département en 1927, c’est la nécessité pour les radicaux lovériens de trouver un candidat pour les législatives de 1932 qui l’amène à s’installer à Louviers et à parcourir la circonscription dès 1930 afin de préparer sa future campagne électorale. En 1927, Mendès France a vingt ans. Avocat stagiaire au barreau de Paris, il est en même temps un militant politique actif. Il préside la LAURS (Ligue d’action universitaire républicaine et socialiste), qui rassemble des étudiants appartenant à toutes les tendances de la gauche. Il est inscrit au parti radical, auquel il a adhéré dès 1923, à la Ligue des droits de l’homme, il est membre aussi du comité des jeunes conférenciers de la Ligue de l’enseignement. A ces divers titres, il est appelé à se rendre en province pour y tenir des réunions publiques. Il se rend ainsi notamment à Houilles et Domont, en Seine-et-Oise, à Jeumont, dans le Nord(4). Il vient à deux reprises dans l’Eure, au cours de cette année 1927, pour prononcer des conférences(5). D’abord le samedi 9 juillet à Evreux, à l’invitation des Jeunesses laïques et républicaines, pour parler de la morale laïque et de l’école laïque. Propos très offensifs : il entend dénoncer, dit-il, les « ignobles outrages » infligés à l’école laïque et à ses maîtres, avant de faire l’apologie de la morale laïque, « supérieure en altruisme, supérieure en bonté à la morale religieuse », « c’est la morale de la conscience, de la solidarité et de la justice »(6). Quelques mois plus tard, le dimanche 18 décembre, il vient à Conches pour faire une conférence, organisée par la section locale de la Ligue des droits de l’homme, sur les inégalités et injustices fiscales. Le sujet révèle l’intérêt porté, dès cette époque, aux problèmes économiques par Mendès France qui, dans le même temps, travaille à sa thèse de doctorat sur l’œuvre financière du gouvernement Poincaré. Il insiste en particulier, au cours de son exposé, sur l’injustice des impôts indirects, qui frappent avant tout les catégories modestes, ouvriers et employés(7).

                Le hasard le renvoie à nouveau dans l’Eure l’année suivante, mais pour y participer cette fois à la campagne des législatives dans la circonscription de Pont-Audemer. Contre le député sortant, l’industriel Le Mire, la Fédération des comités républicains de gauche, qui réunit des comités cantonaux radicaux et d’autres plus modérés, a investi Nicolas Leloup, un agriculteur, maire de Triqueville et conseiller général du canton de Pont-Audemer. Pour soutenir sa candidature, le comité radical de Saint-Georges-du-Vièvre organise une conférence publique et contradictoire le dimanche 4 mars et fait appel aux instances parisiennes du parti pour obtenir le concours d’un orateur rompu à cet exercice. C’est Martinaud-Deplat, futur ministre de la Quatrième République et à cette époque l’un des Jeunes Turcs du parti radical, qui est annoncé. Mais, en raison d’un empêchement de dernière minute, il est remplacé par Mendès France. Sa prestation est jugée suffisamment convaincante pour que les militants locaux fassent à nouveau appel à lui pour cette campagne : un mois plus tard, le 10 avril, il revient à Saint-Georges-du-Vièvre pour porter la contradiction à Henry Le Mire qui y tient une réunion publique. Le dimanche suivant, à Pont-Audemer, c’est encore à lui que Leloup, absent ce jour-là, demande d’affronter le député sortant(8).   

                 Ces élections, qui voient le retour au scrutin d’arrondissement, constituent dans l’Eure une déception pour la gauche, qui n’a que deux élus : le docteur Briquet, candidat du parti radical dans la deuxième circonscription d’Evreux, Forcinal, républicain socialiste, aux Andelys. La droite emporte les quatre autres sièges. A Louviers, Alexandre Duval député de l’Eure depuis 1919, l’a emporté au premier tour sur ses deux concurrents, Delamare, républicain de gauche, conseiller général et maire de Pont-de-l’Arche (40,4 % des voix) et Vimard, candidat du parti communiste (8,6 %). Mais cette défaite laisse un goût amer à une fraction de la gauche non communiste dans cette circonscription. La désignation de Delamare comme candidat ne s’est pas faite sans difficulté. La Fédération des associations républicaines de gauche de la circonscription de Louviers est en effet divisée entre le comité du canton de Louviers qui, dès juillet 1925, a pris le nom de radical socialiste et donné son adhésion au parti, et les modérés du centre gauche, ou républicains de gauche, des autres cantons. Les radicaux lovériens, qui auraient souhaité une adhésion franche de Delamare au programme du parti radical, se sont finalement ralliés à sa candidature faute d’une solution de rechange. Le résultat, s’il est décevant, est en même temps riche d’enseignement pour eux. Ils ont le sentiment qu’ils constituent le groupe le mieux organisé et le plus actif dans la circonscription : Delamare ne devance A. Duval que dans le canton de Louviers, dans tous les autres il est largement battu. Et pourtant, comme le souligne La Dépêche de Louviers au lendemain du premier tour, le député sortant n’a obtenu au total qu’une centaine de voix de plus que la majorité absolue. Une victoire à l’avenir ne paraît donc pas impossible, à condition de disposer d’un bon candidat, issu de leurs rangs et résolument ancré à gauche pour mordre sur l’électorat communiste, et de préparer sans attendre les futures échéances.

                 Mais les radicaux ne disposent pas dans la circonscription d’une personnalité bien implantée localement, jouissant d’une notoriété suffisante et capable ou désireuse d’entrer en lice. Les conseillers généraux, conseillers d’arrondissement ou maires de chefs-lieux de canton classés à gauche sont des modérés et souvent âgés. Les élections municipales de mai 1929 vont, d’autre part, révéler la fragilité de l’audience dont peuvent bénéficier les candidats se réclamant du parti à Louviers même. Au premier tour, les radicaux ont été incapables de présenter une liste complète : elle ne comporte que 12 noms au lieu de 27. Et elle a été largement devancée par la liste de droite du maire sortant, qui a 10 élus. Au second tour, les radicaux ne l’emportent que parce qu’ils se sont alliés avec des modérés (qui n’étaient pas candidats au premier tour) et ont constitué une liste de concentration républicaine conduite par Raoul Thorel, conseiller général et ancien maire de la ville (de 1907 à 1919).

                C’est sans nul doute alors que s’impose le choix d’une personnalité extérieure à la circonscription et au département (qui pourra, de surcroît, être acceptée plus facilement par les militants républicains des autres cantons) et que Mendès France, dont on a pu apprécier les compétences et la pugnacité, est pressenti. Lui-même, évoquant en 1952 dans La Dépêche de Louviers sa première élection, précise que le comité radical de Louviers désigna une délégation de sept membres (parmi lesquels Robert Mordret, son président, Paul Quemin, Gouju) pour choisir le futur candidat(9). Nul doute en tout cas qu’au sein de cette délégation un homme a dû jouer un rôle décisif pour proposer, sinon imposer, le nom de Mendès France et solliciter le jeune avocat. Il s’agit de Robert Mordret. Il est l’un des vice-présidents non parlementaires du parti radical et il habite Paris, où il est directeur général de la compagnie de réassurance Seine et Rhône, mais il possède une propriété à Andé. Il est aussi le fils d’un ancien maire de Louviers. Il a donc des attaches dans la circonscription et c’est là qu’il milite activement. Il préside tout à la fois le comité radical-socialiste du canton de Louviers, la Fédération des comités républicains de la circonscription et la Fédération départementale du parti radical qui s’est constituée en septembre 1928. Lorsque Mendès France est venu prendre la parole à Saint-Georges-du-Vièvre en mars 1928, c’est lui qui présidait la réunion. Par ailleurs, il ne pouvait pas ne pas l’avoir rencontré au sein des instances nationales du parti à Paris. Il était donc tout désigné pour suggérer son nom, vaincre les hésitations de ses amis et jouer les intermédiaires(10). On peut imaginer les raisons qui décidèrent Mendès France à accepter la proposition qui lui était faite : l’ambition légitime d’embrasser une carrière politique, alors qu’il est à l’évidence l’un des espoirs du parti radical, les chances raisonnables de succès dans une circonscription moins réactionnaire qu’on ne veut bien le dire(11) (nous y reviendrons), mais aussi les perspectives professionnelles qu’offre une installation à Louviers pour le jeune avocat. Mendès France lui-même y a souvent insisté : l’assurance du rétablissement prochain du tribunal de Louviers, qui avait été supprimé en 1926 en même temps que l’arrondissement, a été un élément décisif de son choix.

                Quoi qu’il en soit, c’est probablement au cours de l’été 1929 que Mendès France accepte cette proposition. Car, dès le congrès de la Fédération départementale du parti radical qui se tient à Evreux le 23 août 1929, il est présent dans l’assistance et il est au nombre des délégués du département désignés pour participer au congrès national de Reims. On peut donc penser qu’à cette date il a rejoint le comité radical du canton de Louviers. Il n’est toutefois pas encore domicilié à Louviers. « Mendès France, Paris », précise le compte rendu du congrès de Reims d’octobre 1929, en présentant la délégation de l’Eure. D’autre part, c’est seulement l’année suivante que sera rétabli le tribunal de Louviers, qui tient sa première audience le 2 octobre 1930. Et dans son numéro du 24 octobre, le journal radical La Dépêche de Louviers, après avoir signalé que les audiences ont maintenant repris normalement, ajoute que « maître Pierre Mendès France, avocat, qui s’est installé il y a quelque temps 35 rue Tatin, a annoncé son intention d’exercer sa profession à Louviers »(12). C’est donc en 1930, plus probablement au cours du second semestre, et non en 1929 comme l’écrivent ses biographes et comme lui-même l’a dit parfois, qu’il s’établit à Louviers(13). C’est d’ailleurs à partir de mai et surtout, passé la période estivale, d’octobre 1930 qu’il multiplie les réunions d’information dans les communes de la circonscription.

                Examinons à présent cette circonscription où Mendès France a choisi de s’implanter. Les sous-préfectures de Louviers et de Pont-Audemer ont été supprimées en 1926, mais lors du rétablissement du scrutin dit d’arrondissement en 1928, on a conservé, pour les différentes circonscriptions, l’ancien découpage administratif et électoral : un député par arrondissement, celui d’Evreux, compte tenu de sa population, étant partagé en deux circonscriptions. Le département de l’Eure a donc six députés comme autrefois, avant 1919 et l’adoption du scrutin de liste. La circonscription de Louviers comprend les cinq cantons de l’ancien arrondissement : Louviers, Amfreville-la-Campagne, Le Neubourg, Pont-de-l’Arche, Gaillon. Dans la livraison de la revue Pouvoirs consacrée au mendésisme, David Clark parle d’une « circonscription rurale, traditionnelle et conservatrice »(14). Jugement doublement inexact. Elle est politiquement modérée plutôt que conservatrice (en tout cas, nullement réactionnaire). Et d’abord nulle trace de cléricalisme : l’Eglise y est sans influence. Comme dans le reste du département, la pratique religieuse y est très faible(15). On dispose pour l’année 1931 de chiffres fournis par les visites pastorales et portant sur la presque totalité des paroisses du diocèse. Dans l’arrondissement de Louviers, seuls 17,6 % des paroissiens font leurs pâques : ils sont à peine plus de 20 % dans les cantons de Pont-de-l’Arche et de Gaillon, 17 % dans ceux de Louviers et d’Amfreville, seulement 8,6 % dans celui du Neubourg. Les chiffres sont encore plus bas, si l’on ne tient compte que des hommes : 4,3 % dans l’ensemble de l’arrondissement (contre 30 % pour les femmes). Aucune commune mesure, à cet égard, avec les régions tout à la fois conservatrices et pratiquantes de Basse-Normandie ou du pays de Caux.

Depuis les débuts de la Troisième République, la circonscription a voté tantôt à droite, tantôt à gauche, au gré de la conjoncture politique et de la personnalité des candidats. En 1876, le bonapartiste Raoul-Duval l’emporte au second tour, mais à partir de 1877, ce sont des républicains de la gauche modérée qui sont élus : l’ancien sous-préfet de l’arrondissement, Develle, puis le maire du chef-lieu, Ernest Thorel. Après l’élection de ce dernier au Sénat en 1898, au moment où, à la faveur de l’affaire Dreyfus, se dessine dans le pays une nouvelle majorité, la circonscription passe à droite. De 1900 à 1914, elle vote pour le marquis de Boury, républicain conservateur, mais homme affable, serviable et sachant faire de sa fortune un généreux emploi. Sa situation électorale doit beaucoup à une personnalité qui lui vaut des suffrages venant de tous les horizons (et même en 1906 l’absence de tout concurrent à gauche)(16). Au lendemain de la guerre, lors des élections au scrutin de liste, tant en 1919 qu’en 1924, l’arrondissement de Louviers est, après celui d’Evreux, le moins favorable à la droite. En 1919, ce sont les deux seuls arrondissements à ne pas donner la majorité absolue à la liste de Bloc national. La gauche ne part donc pas battue en 1932, en dépit de sa défaite quatre ans plus tôt.

                D’autre part, la circonscription n’est pas uniformément rurale. Certes, 40 % de la population active, dans les années 30, vit de l’agriculture. Plus des trois quarts des communes (87 sur111) comptent moins de 500 habitants, 48 moins de 200. Une commune sur trois (37 sur 111) a moins de 50 électeurs. Six seulement dépassent le millier d’habitants. Et en dehors de Louviers, dont la population, stable depuis le début du XIX° siècle, compte 10 312 habitants en 1931, il s’agit de bourgs et non de communes urbaines. Gaillon et Le Neubourg dépassent tout juste les 2 000 habitants, Pont-de-l’Arche est en-dessous de ce chiffre. Mais il convient de distinguer l’ouest et l’est de la circonscription. A l’ouest, les cantons du Neubourg et d’Amfreville sont essentiellement ruraux et agricoles : trois communes seulement sur 48 ont plus de 500 habitants. En revanche, à l’est, dans les autres cantons, l’industrie occupe une part importante de la population active et certains établissements emploient plusieurs centaines de personnes. Il s’agit à la fois d’activités traditionnelles et d’industries en plein essor, promises à un bel avenir. Louviers demeure dans les années 30, comme au siècle passé, un centre textile, avant le déclin de l’après-guerre : 8 fabriques de drap y emploient 2 000 ouvriers. Les établissements Charles Miquel et Paul Breton, par exemple, emploient l’un et l’autre 450 ouvriers. A Pont-de-l’Arche, 1 500 personnes travaillent dans l’industrie de la chaussure. Les quatre cinquièmes sont regroupés dans cinq usines. Dans ces branches, la concurrence étrangère est parfois vive. Les entreprises de Pont-de-l’Arche ont à lutter particulièrement contre la concurrence de la firme tchécoslovaque Bata. Mais on trouve aussi dans la circonscription des secteurs modernes et dynamiques. A Pitres, les aciéries de Pompey occupent 200 ouvriers. A Aubevoye, l’entreprise Carel et Fouché (qui a racheté en 1929 une usine de constructions métalliques) fabrique wagons et matériel roulant pour les chemins de fer. A la veille des législatives de 1932, la crise commence à faire sentir ses effets. On voit apparaître le chômage partiel, les diminutions de salaire. Le patronat refuse toute concession face aux premiers mouvements sociaux. En mars 1932, à Pont-de-l’Arche, la grève des ouvriers de la chaussure, provoquée par une diminution des salaires de 10 %, se heurte à l’intransigeance des employeurs. Au bout de six semaines de conflit, les ouvriers doivent reprendre le travail sans avoir rien obtenu. Les industriels profitent même de l’occasion pour licencier les meneurs(17).

                Les votes dans la circonscription épousent cette ligne de partage. Les cantons d’Amfreville et du Neubourg donnent de larges majorités à la droite. En 1928, Duval y obtient 57 % des voix (et même 60 % dans les campagnes, si l’on exclut la commune du Neubourg). Dans les trois autres cantons (où vivent les trois quarts des électeurs), il recueille seulement 48,7 % des voix. Dans les cinq communes industrielles de la circonscription, qui regroupent 30 % du corps électoral (Louviers, Pont-de-l’Arche, Gaillon, Aubevoye, Pitres), Duval (43 %) et Delamare (41,8 %) font presque jeu égal. Et le candidat communiste, qui n’a pas de concurrent socialiste(18), y obtient près de 16 % des voix. La tâche du candidat radical sera donc tout à la fois de conquérir cet électorat qui vote à l’extrême-gauche sans pour autant être communiste et de ne pas négliger la clientèle rurale, trop facilement considérée comme nécessairement acquise à la droite(19).

                 Mendès France, dans son entreprise, ne manque pas d’atouts. Laissons pour l’instant le dynamisme et la compétence du futur candidat. Il peut compter sur le soutien de journaux et de militants dévoués. Dans chaque circonscription, à cette époque, la droite et la gauche disposent de plusieurs hebdomadaires qui ne leur ménagent pas leur appui, durant et même hors les périodes électorales. Dans l’ex-arrondissement de Louviers, le journal le plus lu est L’Industriel de Louviers qui, longtemps modéré, est devenu en 1929 le soutien de la droite, à la faveur d’un changement de propriétaire. Dès les premières réunions organisées par Mendès France, il ne se prive pas de brocarder le « jeune avocat parisien », « l’Eliacin » qui « débite ses sempiternelles antiennes », un Eliacin juif de surcroît, fait-on remarquer. En face, même s’ils ont une diffusion plus restreinte, trois journaux vont apporter leur appui à Mendès France : le Journal du Neubourg, qui couvre les cantons du Neubourg et d’Amfreville, Le Lovérien, hebdomadaire radical imprimé à Elbeuf (c’est une édition de L’Elbeuvien), et surtout La Dépêche de Louviers, elle aussi proche des radicaux et qui est l’édition, pour la circonscription, de La Dépêche normande imprimée à Evreux. Depuis 1928, le propriétaire de La Dépêche normande est Armand Mandle : il deviendra très vite un ami personnel de Mendès France. Dès 1930, ces journaux, semaine après semaine, annoncent ou relatent toutes les réunions publiques que tient celui-ci. Mendès France a même la possibilité de s’exprimer dans La Dépêche de Louviers comme dans le Journal du Neubourg chaque fois qu’il le souhaite. Seul, dans la circonscription, le Journal de Gaillon (ex-Gaillonnais) campe dans une stricte neutralité.

                Dès son arrivée, il trouve aussi à ses côtés des comités républicains cantonaux qui vont organiser dans les différentes communes les réunions publiques qu’il entend tenir et dont les militants seront autant de relais dans l’opinion et d’agents électoraux. Lorsque Mendès France vient à Saint-Etienne-du-Vauvray en octobre 1930, par exemple, c’est Jeulin, ancien instituteur dans la commune et militant lovérien, qui accompagne et présente l’orateur. Le comité le plus actif, nous l’avons dit, est le comité radical-socialiste du canton de Louviers. Dans les autres cantons, sauf à Gaillon, il existe des associations analogues, radicales ou plus modérées, d’où des appellations diverses : association ou comité  des républicains de gauche à Pont-de-l’Arche et au Neubourg, comité radical à Amfreville-la-Campagne (mais il n’adhèrera au parti qu’en avril 1931). La venue de Mendès France donne un élan nouveau à ces comités. A partir d’octobre 1930, le comité radical de Louviers se réunit une fois par mois. Certains vont même se reconstituer. En octobre 1930, à Gaillon, une trentaine de militants mettent sur pied un comité d’union des gauches du canton, en lieu et place de l’ancienne association disparue. Certaines communes vont même créer leur comité à l’approche des élections : c’est le cas de Saint-Pierre-de-Bailleul. Il est difficile, faute de renseignements précis, d’apprécier l’importance de ces organisations(20). On peut toutefois raisonner par analogie, à partir des chiffres que fournit ici ou là la presse départementale. Durant l’entre-deux-guerres, les effectifs des comités républicains cantonaux tournent autour de la centaine de membres. Les plus dynamiques peuvent atteindre 150, voire 200 membres, mais lors des réunions les présents sont nettement moins nombreux. Pour ne prendre qu’un exemple, en mars 1928, le comité républicain du canton de Bourgtheroulde prétend compter 241 membres, mais ils ne sont que 130, lors de l’assemblée générale, pour entendre leur candidat à la députation, N. Leloup(21). Le comité radical du canton de Louviers compte sans doute aussi une centaine de membres. Mais lorsqu’à partir d’octobre 1930, il décide de se réunir désormais une fois par mois en assemblée générale, les rares chiffres fournis par la presse sont très inférieurs : ainsi en décembre 1931, une soixantaine de personnes, membres du parti ou sympathisants, selon le Journal du Neubourg(22). Mais le dévouement importe tout autant que le nombre. Et importent davantage encore, peut-être, l’aide et l’influence dans leur commune des maires acquis à la gauche. Or de ce point de vue, dans la circonscription, même si la majorité sont classés à droite, 44 maires sur 111 sont ou républicains de gauche (23) ou radicaux (21)(23). La région est donc loin d’être une terre de mission pour Mendès France.

                On peut ajouter les sociétés de Libre pensée, une dizaine dans la circonscription, dont les militants sont en principe acquis à la gauche radicale, et les sections locales de la Ligue des droits de l’homme. Dans le département, la Ligue compte, au début des années 30, 20 sections qui regroupent 1 800 membres(24). Dans la circonscription, il y en a cinq : Louviers, Le Neubourg, Amfreville-la-Campagne, Gaillon, La Croix-Saint-Leufroy. Elles constituent aussi un vivier de militants et des relais dans l’opinion. C’est la section de La Croix-Saint-Leufroy, par exemple, qui invite Mendès France à faire une conférence politique dans la commune en juin 1930, avant la reconstitution du comité républicain de Gaillon. Mais le nombre de ces diverses associations ne doit pas faire illusion sur l’étendue des réseaux dont peut bénéficier Mendès France. Ce sont en fait les mêmes noms que l’on retrouve dans ces organisations, les mêmes aussi qui détiennent des mandats électifs. Pour ne prendre que quelques exemples, en 1930, Gouju, adjoint au maire de Louviers, est en même temps président d’honneur du comité radical, président de la société de Libre pensée de la ville et des Jeunesses laïques. Paul Quemin est conseiller municipal de Louviers, trésorier (et bientôt, en novembre 1931, président) du comité radical, président de la section locale de la Ligue des droits de l’homme. Jeulin est secrétaire du comité radical et de la section lovérienne de la Ligue, vénérable de la loge d’Evreux(25). Groult, maire de Saint-Pierre-des-Fleurs, est aussi président du comité radical d’Amfreville.

                Faut-il tenir pour un handicap le fait, pour Mendès France, d’être Parisien et de n’avoir aucune attache dans le département, bref d’être ce qu’on appelle un horsain ? Quoi qu’on dise, l’électeur normand peut voter pour un nouveau venu : en 1876, Raoul-Duval est élu à Louviers, alors qu’il n’a acquis le château du Vaudreuil et ne s’est installé dans la circonscription qu’en 1874. D’autre part, Mendès France va précisément s’employer très tôt à rencontrer ses futurs électeurs et à se faire connaître d’eux.

                C’est ce travail d’implantation que nous devons maintenant évoquer. Mendès France se met à l’œuvre plus de deux ans avant l’échéance. C’est le 23 février 1930 qu’il tient sa première conférence publique à La Haye-Malherbe, avant de récidiver deux mois plus tard, le 16 avril à Louviers. La réunion a été organisée par le comité radical de Louviers, c’est Mordret qui la préside et présente l’orateur au public. Au cours de ces deux années qui précèdent les élections des 1er et 8 mai 1932, l’activité politique de Mendès France va prendre trois formes. Il y a d’abord ces réunions publiques qui vont l’amener à se rendre pratiquement dans toutes les communes, quelle que soit leur importance. Les chefs-lieux de canton et les communes les plus importantes seront visitées au moins deux fois durant cette période. Le tableau ci-dessous, établi à partir du dépouillement de la presse locale, permet de mesurer l’ampleur de l’activité fournie par Mendès France pendant deux ans, de février 1930 à mars 1932, avant que ne commence véritablement la campagne électorale(26) :

             

Périodes

Nombre de semaines

Nombre de réunions publiques

Communes visitées pour la 1ère fois

23 fév.-21 juin 1930
(dont 26 avril-21 juin)

17
(8) 

9
(7)

9
(7)

27 sept.-28 déc. 1930

13

30

28

10 janv.-19 juill. 1931

26

40

38

  3 oct.-27 déc. 1931

13

17

14

4 janv.-mi-mars 1932

11

22

12

          Total

 

118

101

Elu député à Louviers, 1932

                       Les réunions ne s’interrompent qu’en été, période de travaux agricoles. Elles deviennent nettement plus fréquentes à partir de la fin septembre 1930, lorsque Mendès France s’est installé à Louviers, et ne marquent une pause qu’à l’automne 1931, en raison de la préparation des élections cantonales des 18 et 25 octobre. Le rythme est pratiquement de deux réunions hebdomadaires, le plus souvent le samedi et le dimanche. Mais certaines semaines, Mendès France peut parcourir trois, voire quatre communes. Par exemple, le vendredi 21 novembre 1930 il tient une réunion à Houetteville, il est le lendemain à Gaillon et le dimanche il parle l’après-midi à Ecardenville, le soir à Poses. La semaine suivante, il se rend le samedi à Pinterville et le dimanche à Daubeuf-la-Campagne, puis à Pitres. Pour les réunions les plus importantes, celles qui se tiennent dans les chefs-lieux de canton surtout, il peut être accompagné d’une personnalité extérieure : Georges Bonnet vient à Louviers en octobre 1930, Briquet, député de la deuxième circonscription d’Evreux, lui apporte à plusieurs reprises son soutien(27). Mais presque toujours Mendès France vient seul à la rencontre des électeurs. L’assistance est variable. Elle réunit parfois la majorité des habitants. Elle peut aussi se compter sur les doigts d’une main, lorsque la commune ne compte qu’une poignée d’électeurs, ou parce que le mauvais temps a découragé ceux-ci, ou parce que, l’orateur se faisant attendre, la plupart des présents sont déjà partis. C’est le cas à La Saussaye en décembre 1930, Mendès France étant arrivé avec une heure de retard à cause d’une panne de voiture. La conférence prévue se transforme alors en une conversation à bâtons rompus.                                                

                Inlassablement, au cours de ses conférences, il développe la situation politique et économique du moment et dénonce la politique des gouvernements de droite qui, en dehors de deux brefs intermèdes (Chautemps, puis Steeg), se sont succédé à la tête du pays au cours de la législature, sous la conduite de Tardieu, puis de Laval. Il évoque éventuellement la politique étrangère (le problème des réparations, la question du désarmement). Il souligne les avantages de l’école unique et les possibilités de promotion pour les enfants des classes laborieuses, cheval de bataille du parti radical. Mais c’est avant tout sur ce qui préoccupe son auditoire, c’est-à-dire la crise agricole et économique, qu’il s’attarde. Trois points en particulier retiennent son attention : le prix du blé et des denrées agricoles, insuffisamment rémunérateur, tandis que les intermédiaires s’enrichissent sur le dos des consommateurs ; la fiscalité, l’injustice des impôts indirects, la mauvaise répartition des dégrèvements qui ne profitent qu’aux privilégiés ; enfin, l’équipement de la région, pour dénoncer les insuffisances du crédit agricole, des communications, de l’électrification des communes rurales (à cette date, répète-t-il, la moitié des communes du département ne sont pas encore électrifiées). Il se heurte parfois à des contradicteurs, lorsque des amis d’A. Duval, voire le député lui-même, sont dans la salle. A partir de janvier 1932, Duval, qui jusque là, en dehors des premières réunions, avait laissé le champ libre à son adversaire, vient souvent lui porter la contradiction(28). Il peut aussi avoir à répondre à des interpellations antisémites, comme à Notre-Dame-du-Vaudreuil en avril 1930.

                 Cette présence sur le terrain est complétée par l’insertion d’articles dans la presse locale et les services rendus. A partir d’octobre 1930, La Dépêche de Louviers lui ouvre ses colonnes. C’est d’abord une série intitulée ironiquement « chronique de la prospérité », où il raille avec férocité la politique de Tardieu. Suivront d’autres articles consacrés  aux problèmes économiques de l’heure. Il écrit aussi parfois dans le Journal du Neubourg : le 1er juillet 1931, un premier papier est consacré au sort des secrétaires de mairie, insuffisamment rémunérés.

                Il s’efforce de joindre l’action à la parole et à l’écrit. Les clients du jeune avocat lovérien sont autant d’électeurs. Le journalier d’Epreville, le chaussonnier de Pont-de-l’Arche, le marchand de chevaux de La Mare-Hermier, pour lesquels il plaide, savent ce qu’ils lui doivent. Il tient aussi une permanence tous les samedis à Louviers et prête une oreille attentive à toutes les doléances. D’autre part, il profite de ses fonctions de chef-adjoint au cabinet de Georges Bonnet, ministre des PTT dans l’éphémère gouvernement Steeg (13 décembre 1930-22 janvier 1931) pour rendre quelques services à sa circonscription et le faire savoir. En janvier et février 1931, La Dépêche de Louviers publie trois lettres adressées à des maires ruraux, à propos du téléphone ou des distributions postales. « Je suis heureux, écrit-il au maire de Vatteville, de vous donner une réponse favorable concernant l’installation du téléphone dans votre commune »(29). A la fin de l’année, la faillite du Comptoir elbeuvien, ou banque Béranger, frappe de plein fouet nombre d’agriculteurs et de commerçants de la circonscription, qui sont les clients de cette banque régionale : elle a des succursales à Louviers, Le Neubourg et Pont-Audemer. C’est l’occasion pour Mendès France, qui a pris la plume, dès les premières rumeurs, pour alerter l’opinion, de mettre ses compétences au service de catégories socio-professionnelles qui ne lui sont pas a priori acquises : le 1er octobre est créé un comité de défense des créanciers de la banque Béranger, qui le choisit comme avocat-conseil.

 A. Duval, le député sortant                                                           

                Ce n’est donc plus un inconnu, ni même un nouveau venu, qui est désigné comme candidat le 17 janvier 1932 par l’assemblée générale des comités républicains de la circonscription de Louviers(30) et qui va bientôt repartir à la rencontre des électeurs. On connaît la suite(31). Le 1er mai, Alexandre Duval est en ballottage, avec seulement 149 voix d’avance. Le 8, Mendès France l’emporte sur son adversaire de 239 voix. Le succès repose évidemment sur une pluralité de facteurs : la poussée à gauche qu’on observe dans l’ensemble du pays et qui provoque un nouveau changement de majorité (c’est le cas à chaque élection législative depuis 1919) ; les inquiétudes nées de la crise, qui jouent contre les gouvernants et les hommes en place ; l’effondrement, dans la circonscription, du parti communiste qui passe de 8,6 % en 1928 à 3,8 % au premier tour, puis 0,8 % au second. Mais, à l’heure du bilan, comment oublier le patient travail mené jour après jour, soir après soir, pendant plus de deux ans, pour expliquer, réfuter, convaincre ? La victoire était aussi à ce prix.

                                                                                                           Claude CORNU 

1 Claude Cornu, « Le personnel parlementaire dans l’Eure sous la Troisième République », Etudes normandes, n° 3, 1991, p. 32.
2 Pierre Mendès France, Choisir, Stock, 1974, p. 25-26.
3 André Siegfried, Tableau politique de la France de l’Ouest sous la Troisième République, rééd. Slatkine, 1980, p. XXVIII.
4 Ces réunions (et d’autres) sont mentionnées par Emmanuel Naquet dans le mémoire de maîtrise, très solidement documenté, qu’il a consacré à la LAURS (Un mouvement typique de la France de l’entre-deux-guerres : la LAURS, Paris X-Nanterre, 1987).
5 C’est bien cette année-là que Mendès France effectue ses premiers pas dans le département, et non en 1928 comme il l’affirme dans des propos que reproduit Jean Lacouture dans la biographie qu’il lui consacre (Mendès France, Seuil, 1981, p. 64). Les comptes rendus de la presse locale, que nous citons dans les lignes qui suivent, ne permettent pas le moindre doute. 
6 La Dépêche normande, 15 juillet 1927.
7 Le Progrès de Conches, 22 décembre 1927. Mendès France, malgré son jeune âge, jouit déjà d’une certaine réputation et le rédacteur peut écrire : « M. Mendès France n’est pas un inconnu ; partout où il va (…) il est chaleureusement acclamé ».
8 Journal de Pont-Audemer, 22 avril 1928.
9  Article repris dans les œuvres complètes de Mendès France publiées chez Gallimard (tome II, Face aux périls économiques et coloniaux, mai 1945-mai 1953, p. 389-391).
10 Les souvenirs relatés par P. Quemin, un militant lovérien, en 1938 (lors de la nomination de Mendès France comme sous-secrétaire d’Etat au Trésor dans le second ministère L. Blum) semblent confirmer cette hypothèse : « Il y a quelque 10 ans, au cours d’une petite fête organisée par un ami dans une commune voisine de Louviers, un jeune homme m’était présenté : Pierre Mendès France. (…) Quelques mois plus tard, alors que les républicains, à la suite de leur échec de 1928, décidaient de préparer longtemps à l’avance les élections législatives de 1932, d’unir leurs efforts pour arracher notre arrondissement à la réaction, l’ami cité plus haut nous proposa comme candidat éventuel le jeune homme rencontré chez lui » (La Dépêche de Louviers, 18 mars 1938). On peut penser que cet ami n’est autre que Robert Mordret.
11 A la différence de celle de Pont-Audemer, où il avait pu mesurer les difficultés de la tâche.
12 Il faut corriger, à cet égard, une double erreur souvent commise, et notamment dans la chronologie figurant dans le premier volume des œuvres complètes de P. Mendès France (Gallimard, 1984). On place en 1929 son « inscription au barreau de Louviers ». Outre le fait que le tribunal de Louviers n’a repris son activité qu’en 1930, il n’existait pas à cette époque de barreau à Louviers, le barreau était celui de l’Eure. Et Mendès France a été inscrit au barreau d’Evreux à compter du 9 janvier 1932, après avoir effectué son stage à Paris du 21 octobre 1926 au 19 décembre 1931 (nous devons ces renseignements à l’ordre des avocats au barreau d’Evreux).
13 Le nom de Mendès France n’apparaît sur la matrice des impositions locales (perçues au titre des contributions personnelles, mobilières et des patentes) qu’en 1931 (archives municipales de Louviers, 1 G 114).
14 « La naissance du mouvement Mendès France à Louviers dans les années trente », Pouvoirs, 1983, n° 27, p. 49.
15 En 1931, on ne compte plus d’un quart de pascalisants que dans six cantons, tous situés à l’ouest du département : Bernay, Brionne, Broglie, Thiberville, Pont-Audemer et Saint-Georges-du-Vièvre. Données recensées dans Matériaux pour lhistoire religieuse du peuple français. XIX°-XX° siècles. Région de Paris, Haute-Normandie, Pays de Loire, Centre, EHESS, FNSP, CNRS, 1982, p. 307-308.
16 Pour chacun de ces élus, on peut consulter les notices biographiques du Dictionnaire des parlementaires de Haute-Normandie, 1871-1940 (sous la direction de J.-P. Chaline et A.-M. Sohn, Publications de l’Université de Rouen, 2000).
17 Un dossier relatif à cette grève figure aux Archives départementales de l’Eure (10 M 56).
18 Il existe une section SFIO à Louviers, mais le parti, faiblement implanté dans la circonscription, n’y présente aucun candidat aux élections législatives et cantonales durant l’entre-deux-guerres.
19 La situation d’A. Duval, même dans les cantons ruraux, n’est pas inexpugnable. En octobre 1931, dans le canton du Neubourg, il ne sera élu au conseil d’arrondissement qu’avec 23 voix d’avance, au second tour.
20 On ne possède pas d’information chiffrée avant 1934 : cette année-là, la Fédération des gauches de l’arrondissement de Louviers revendique un millier d’adhérents (La Dépêche de Louviers, 4 mai 1934). Le succès favorise les ralliements.
21 L’Echo libéral, 17 mars 1928.
22 Journal du Neubourg, 16 décembre 1931.
23 Chiffres établis à partir des données fournies par l’administration préfectorale sur la nuance politique des maires, après les élections municipales de 1929 (A. D. Eure, 3 M 439).
24 Chiffres de 1934, fournis par La Dépêche normande du 4 mai 1934.
25 La franc-maçonnerie ne joue qu’un rôle modeste dans l’Eure. Il n’existe que trois loges (affiliées au Grand Orient) : à Evreux, Vernon et Pacy-sur-Eure. Et les effectifs, dans les années 30, sont squelettiques. Elle a pu toutefois apporter à Mendès France, lui-même maçon, une aide ponctuelle et des contacts utiles. Ainsi, Levasseur, instituteur lovérien et militant SFIO, est inscrit à la loge d’Evreux.
26 Nous arrêtons le décompte des réunions publiques à cette date. Mendès France a été investi comme candidat le 17 janvier, une grande manifestation a été organisée à Louviers le dimanche 14 février, avec la participation de Steeg et de Violette. Mais c’est à partir du mois de mars, que la campagne électorale bat son plein -« la campagne électorale est cette fois bien ouverte », écrit La Dépêche de Louviers du 25 mars- et l’activité qu’il déploie (les réunions deviennent alors quasi quotidiennes) n’a désormais plus rien d’exceptionnel : elle est celle de tout candidat déclaré et l’amène, d’ailleurs, à revenir dans des communes déjà visitées. D’autre part, le tableau ne tient compte que des réunions organisées par Mendès France dans sa circonscription, non de celles auxquelles il a participé dans le reste du département, ni de celles où il a pu prendre la parole mais sans être le conférencier. Au total, rares sont les communes où il n’a pas tenu de réunion : Saint-Cyr-du-Vaudreuil, parce qu’elle jouxte Notre-Dame-du-Vaudreuil, par exemple, ou Villettes, dont le maire est le député, A. Duval.
27 Le 25 mars 1931, Herriot lui-même, en visite à Elbeuf, fait une halte à Louviers dans l’après-midi, le temps d’une conférence sur l’école unique.
28 De son côté, Mendès France n’hésite pas à venir dans les réunions organisées par la droite. En janvier 1931 à Louviers, par exemple, il prend la parole dans une réunion du Parti démocrate populaire.
29 La Dépêche de Louviers, 20 février 1931.
30 C’est la règle sous la Troisième République : dans chaque circonscription, le candidat, à gauche (on dit encore le candidat des républicains), mais aussi à droite, est désigné par le congrès (ou assemblée générale) des comités cantonaux. Désignation le plus souvent formelle, car les délégués présents ont rarement à trancher entre deux postulants. Et à Louviers en 1932, le nom de Mendès France, compte tenu du travail accompli et de la notoriété acquise, s’imposait depuis plusieurs mois déjà. D’ailleurs, dès octobre 1930, la presse départementale de droite, La Normandie ou L’Industriel de Louviers, tient cette candidature pour acquise.
31 L’élection de 1932 a été étudiée par Françoise Chapron dans sa thèse de doctorat de 3ème cycle (Pierre Mendès France dans l’Eure, trente années de vie politique 1932-1962, Rouen, 1985).

 Claude CORNU 

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