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Société d'Etudes Diverses
de Louviers et de sa région

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L'abbaye mérovingienne de Pentale.
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Saint Samson Périers/ le Dan
Valcabrère Pointe de la Roque

Depuis Mexico, un visiteur du Site, nous a demandé ce que "nous avions sur Saint Samson de la Roque". Pour lui répondre, nous avons repris l'intégralité d'un article de Léon Coutil publié en 1925, suite aux fouilles qu'il avait effectuées en 1922 dans cette commune à la recherche de l'abbaye mérovingienne de Pentale.

Nous avons également reproduit les illustrations de cet article de Léon Coutil, constituées de dessins ( et de quelques photos) réalisés par l'auteur.


Le "cimetière mérovingien" à Saint-Samson-de-la-Roque, identifié par Léon Coutil comme l'abbaye de Pentale.

Enfin nous avons ajouté des éléments empruntés au livre "L'Eure de la préhistoire à nos jours" publié en 2001 sous la direction de M. B. Bodinier, aux éditions Bordessoules. Ainsi que quelques photos récentes prises à Saint-Samson de la Roque ou relatives au texte de L. Coutil.

SAINT-SAMSON-DE-LA ROQUE

MONASTÈRE MEROVINGIEN & CAROLINGIEN DE PENTAL

LÉGENDES et TEXTES.

Une étude de Léon Coutil, publiée en 1925, dans le Tome XVIII du Bulletin
de la Société d'Etudes Diverses de l'arrondissement de Louviers.

 

 

          M. Auguste Le Prévost ([1]), et après lui l'abbé Carême et Charpillon ([2]), ont rapporté une légende qui s'écarte entièrement des divers récits très connus des Acta Sanctorum. Nous rapportons cette légende, en l'abrégeant, et en la faisant suivre des parties de textes anciens, afin de mettre en garde contre les commentaires de certains auteurs locaux, car il est grand temps de faire cesser ces compilations de pure fantaisie.

        « Saint Samson, originaire du Pays de Galles, et évêque de Dol, se serait rendu un jour auprès du roi Childebert Ier (qui était venu dans son palais d'Arélaune, pourchasser dans la forêt de Brotonne, située dans le voisinage) ([3]).

« Après avoir heureusement rempli sa mission et reçu de nombreuses marques de la munificence du souverain, il se disposait à regagner son diocèse, lorsque le monarque, à son tour, implora le secours du saint prélat contre un serpent qui désolait la contrée et avait établi son repaire dans une caverne voisine, nommée depuis le trou de Saint-Béranger ([4]) ; comme il avait déjà détruit d'autres reptiles, il se fit conduire devant son repaire, lui passa son étole autour du cou, et le conduisit ainsi en lesse (sic) en chantant son psaume accoutumé. Arrivé au bord de la Seine, il lui ordonna de la traverser, puis de rester paisiblement caché sous une pierre. Le roi voulut qu'un monastère fût fondé à proximité de ce lieu et attestât le miracle et sa reconnaissance.

          « Saint Samson ne quitta cette région qu'après avoir établi une abbaye à laquelle il donna le nom breton de Pental, et l'avoir peuplée d'un nombre de religieux suffisant pour y assurer le service divin ». On a prétendu, sans aucune preuve, qu'il serait revenu mourir à Pental, ou que ses restes y furent apportés, mais la vérité est qu'il mourut à Dol, le 28 juillet 565.

        La première mention du monastère de Pental se trouve dans les Acta Sanctorum ([5]), où il est simplement mentionné, à propos d'un miracle survenu en Cornwall, où Saint Samson chasse le démon et où il exorcise un individu.

        Quelques pages plus loin, le monastère est encore cité ([6]).

         La Gallia Chriatiana cite aussi : « Pentale abbatia fundata a Childeberto I, anno circiter 550, non longe a confluentibns Sequanae ac Riselae ». Pental est cité ensuite dans la vie de Saint Germer, dans les Acta sanctorum ([7]).

Ainsi qu'on a pu le remarquer précédemment, la rivière la Risle est d'abord désignée sous le nom de Risela, et ensuite Risilinus, Lizirinus, Litizina et Lizaine.

         Si, d'autre part, on étudie ce qu'ont écrit les commentateurs de la vie de saint Samson, M. l'abbé Duine (saint Samson et sa légende, 1900) et M. Robert Fawtier, le seul qui s'est un peu intéressé à Pental dans sa Vie de saint Samson (1912, pp. 15, 64, 153), nous voyons que les manuscrits anciens qu'ils ont étudié (sic) sont fort concis sur ce monastère. La rédaction que M. Fawtier considère comme la plus ancienne, est conservée à la bibliothèque de Rouen (Vita II), elle a été éditée par Mabillon et les Bollendistes, elle nomme le monastère Penetale monasterium (I. 38), et nous dit (liv. I, § 59) qu'il fut fondé là où résidait un dragon que le saint expulsa ; elle nous raconte (§ 58) l'expulsion de ce dragon et nous dit à ce propos que le saint « ultra quoddam flumen quod vocatur Sigona (var. Sigonam) ire eum (le dragon) jussit (p. 153 de l'édition Fawtier). Donc le monastère semble devoir être situé près de la Seine. Or, la caverne du serpent (trou de Saint-Béranger) est bien dans la falaise de la pointe de la Roque dominant la rive gauche de la Seine, non loin de son embouchure; mais le monastère et l'église abbatiale se trouvaient à 5 kilomètres plus loin, dans la vallée, au bord de la Risle (et non au bord de la Seine).
          Commentant un manuscrit de la bibliothèque de Rouen, qui aurait été écrit par un moine de Pental, et proviendrait de l'abbaye de Fécamp, Dom Plaine, dans les « Analecta Bollandiana» (T. VI, 1887, pp. 88 à 150) donne quelques détails sur les relations de saint Samson et de son monastère, normand ; il nous indique le nom de celui-ci (II, § 9) : « Sanctus vero Samson nomen loci illius Pentale vocavit » (p. 130 de l'édition Plaine) ; ce nom est répété dans les §§ 10 et 11. En revanche (§ 8), cette rédaction ignore le nom du fleuve au delà duquel le saint chassa le dragon : « trans flumen petiit desertum » mais elle nous dit  (§12) que ce monastère était près de la mer: « Nam monasterium ejus prope mare est » (p. 133). Nous ferons remarquer que l'embouchure de la Seine s'en trouve éloignée de 16 kilomètres, toutefois, à cause du marais Vernier, qui, jadis, devait constituer une nappe d'eau considérable, le narrateur sans doute du monastère de Dol, a pu croire qu'il voyait... la mer(?) qui se trouvait, également près de marais, comme au monastère de Dol.
          Ce manuscrit de Rouen mentionne une convention passée entre les monastères de Saint-Germain-des-Prés et de Pental ; puis des démêlés entre ce même monastère avec le comte Frogerius, et sa femme qui était venue insulter saint Samson dans son église; mais tout cela ne précise en rien la situation, l'importance et les faits réellement historiques et non légendaires de Pental.

         Enfin, la vie de saint Germer, éditée par Bruno Krusch dans les Monumenta Germaniae Historica (Scriptores rerum merovingicaum, IV, pp. 626, 633, texte du IXe siècle), met en relations son héros avec le monastère samsonien et on ne peut savoir s'il s'agit du manuscrit de la bib. Mazarine (Vita I) ou celui de Rouen (Vita II), on y trouve la mention suivante (§ 9) « Ad monasterium quod dicitur Panthalum in pago Rothomagenci qui est super fluvium Lizirinum » (p. 630 édition Krusch); cela constitue un nouveau déplacement et une erreur topographique formidable ; la Risle (Risela) voit son nom encore modifié en (Lizirinum), et d'affluent de gauche, elle devient un affluent de droite de la Seine, puis reportée à plus de 40 kilomètres en amont à l'intérieur des terres !

        Mabillon a utilisé le manuscrit de la vie de saint Samson de la bibliothèque Mazarine (Vita I) sans additions ou remaniements ; il a utilisé d'autres textes dans les Annales de saint Bertin et la Vie de saint Germer, ainsi que le manuscrit de Rouen remanié par Baudri de Bourgueil, il en a formé un tout et il est forcément arrivé assez près de la vérité en disant que le monastère était près de la Seine et de la Risle ; si bien que pour concilier les deux versions, le lecteur est forcé d'adopter les environs du confluent. Quant à la caverne du serpent, dite trou de Saint-Béranger, habitée par saint Germer à la fin de sa vie, le texte s'accorde assez bien : « Illa cripta que est in vasto et in solitudine super fluvium Sequene unde Samson serpentent ejecit » (p. 631 de l'édit. Krusch) ; puisqu'elle était : « in vasto et solitudine » et que saint Germer la demandait aux moines de Pental pour s'y retirer, ceux-ci lui répondent : « Cur nos pater deseris aut cui nos desolatos relinquis ».

Nous n'insistons pas sur les très importantes études pleines d'érudition et d'aperçus inédits dues à M. l'abbé Duine, à M. Robert Fawtier et à M. Joseph Loth, auxquelles nous renvoyons le lecteur, en retenant leur opinion sur les plus anciennes rédactions ([8]).

         Avec M. l'abbé Duine et M. J. Loth nous adoptons leur opinion que la Vita II est du VIIe siècle, et nous insistons sur les variantes et indécisions topographiques des textes pour dire qu'ils ont été transcrits certainement à Dol, et non pas à Pental.

         Nous tenons aussi à mettre en garde contre l'opinion d'un autre commentateur, M. Depoin, qui a attribué à saint Germer la construction de Pental.

          En effet, nous lisons dans la vie de saint Germer, p. 630 : « Anno undecimo régnante Clodoveo rege, correctus est beatus Geremarus ad vitam salutis ad consilium sancti Audœni et a rege Clodoveo petivit, ut se et omnia sua deponeret et cenobio se traderet ad serviendum Deo viventi. Ad iussionem autem régis sanctus Audœnus tonsuravit eum et dédit ei Panthaîum monas-terium precepit que ei, ut ibi abbas esset et pastor ovium et illuminator animarum.»

          M. Depoin a mal interprété ce passage, car on ne dit pas que saint Germer a fondé Pental, mais que saint Ouen après avoir pratiqué la tonsure à saint Germer lui donna le monastère de Pental, ce qui prouve au contraire qu'il existait déjà ([9]).

          La seule date à peu près certaine concernant saint Samson est celle du IIIe Concile qui fut tenu à Paris entre 556 et 578 ([10]). Mgr Duchesne plaçait ce concile plus volontiers au temps de Caribert.

Ainsi que nous l'avons mentionné, ce monastère existait en 833, époque où il est compris par Anségise, abbé de Saint-Wandrille, dans les legs aux établissements religieux du pays ([11]).

          Dix ans après, les Normands vinrent pour la première fois ravager les rives de la Seine; le monastère dut souffrir, mais il ne dut pas être détruit, bien qu'il n'en soit plus fait mention jusqu'en 1120, date à laquelle Baudry, évêque de Dol, s'y réfugia souvent ; il y mourut et fut enterré près de là dans la petite église de Préaux, en 1129, d'après ce que nous apprend OrdericVital ([12]).

          Par suite, l'église du monastère devint le chef lieu d'une enclave ou exemption avec les communes de Conteville, la Roque et le Marais Vernier : en mémoire de la donation de Childebert, elle fut administrée jusqu'à la Révolution par un grand vicaire de l'évêque de Dol.

Pental a été cité en 1788 par Saas, et ensuite par de Blosseville, dans son dictionnaire topographique du département de l'Eure 1878 (p. 163). Une localité du nom de Penante se trouvait jadis dans le voisinage de Pont-Audemer et de Préaux.

 

 

                                                   Le Monastère.

On ignorait ce qu'était devenu ce monastère, et il n'en est plus question, sauf une citation très concise et vague de l'abbé Rever, le célèbre archéologue, curé de Conteville, localité voisine, et que nous reproduisons ([13]).
« On voit encore aujourd'hui (en 1791) les ruines d'un vieux monastère qui fut bâti par ces évêques (de Dol) et l'on retrouve les traces d'une très ancienne collégiale établie pour le service de l'église paroissiale. » Pour ces derniers mots il s'agit bien de la vieille église en ruines de Saint Samson, détruite en 1828; quant aux ruines du vieux monastère dont parle Rever comme ayant été bâti par les évêques de Dol, nous nous demandons s'il a voulu parler de l'édifice que nous avons exhumé en 1922, ou s'il s'agit de l'ancienne chapelle Notre-Dame de Pental qui sert actuellement de pressoir et qui est située au sud, à 75 m. environ de nos fouilles et à 15 m. le long de la route de Saint Samson à Pont-Audemer. Nous ferons surtout remarquer que le plan cadastral dressé, vers 1824, mentionne la vieille église paroissiale, mais n'indique aucune construction au nord-est, le long du vieux chemin du bac; et qu'au contraire la partie où nous avons retrouvé les substructions du monastère appartenait, en 1824, à la commune de Saint-Samson ; et de 1848 jusqu'à 1905, à la Fabrique de la Roque, date à laquelle elle fut achetée par M. Toutain, ancien notaire à Rouen (section B, n° 82, lieu dit les Mares Vallets, 10 ares pâture plantée). Si, dès 1824, jusqu'en 1922, le dit terrain a toujours été en pâture, on doit bien admettre que les ruines n'y apparaissaient pas, car on les aurait signalées et le terrain alors ne différait pas d'aspect de l'état où nous l'avons retrouvé. Or rien ne trahissait à la surface du sol la présence de ruines, quand nous avons fait nos premiers sondages ; nous avons même retrouvé à l'angle sud ouest, sur les murs, deux épines plus que centenaires, ce qui prouve bien que tout ce coin était abandonné. M. Duquesne, de Saint-Mards de Blacarville, nous avait simplement montré le tiers inférieur d'un sarcophage en pierre (K du plan) situé à 1,50m en contrebas de la haie de clôture ; seule, la différence de niveau de ce petit terrain et de la haie plantée en hauteur au-dessus du sarcophage nous amena à supposer qu'il pouvait exister des substructions au-dessus de ce numéro 82.

  Nos fouilles en 1922 ([14]).

 

          Nos premiers trous de sonde indiquèrent des sarcophages (B. C. H. I), puis des murailles. L'édifice que nous avons retrouvé était rectangulaire avec une déviation de 30 degrés de l'ouest vers le nord, déviation constatée que nous avons pour tous les édifices préromans de Normandie, parmi lesquels nous citerons pour le département de l'Eure les églises de Notre-Dame de Rugles. Saint-Christophe de Reuilly, Saint Denis de Bernières, Saint-Martial de Vascœil ; l'église voisine de Foulbec, et celle de Saint-Paul-sur-RisIe, qui semble être du XIe, présentent aussi cette déviation.

 

Restauration de la porte du Monastère de Pental à Saint-Samson de la Roque.([15]).

 

          La principale entrée du monastère de Pental probablement située à l'ouest, à quelques mètres du vieux chemin du bac a disparu, ainsi que les fondations du mur nord-ouest, et cela est facile à comprendre, ce voisinage devait attirer tout d'abord les démolisseurs, surtout à cause des pierres de l'arc de la porte. Les fondations des murs mesurent actuellement en longueur extérieure de l'est à l'ouest 16 m. et comme largeur 8m40, suivant que l'on compte les petits contreforts du sud : à l'intérieur, ces mesures donnent 15 m. sur 6m40; les murs ont 0m85 d'épaisseur, ils sont en moellons calcaires, biens (sic) équarris; on remarque dans le mur sud ouest des briques romaines intercalées sans ordre, il y en avait environ une centaine le long de ce mur, provenant de sa démolition; il y en avait aussi qui calaient le sarcophage H orné de gravures représentant une chasse aux sangliers. Une partie de cloison se voit à 4m40 au sud est, et une autre à l'extrémité ouest. Des arrachements de murs existent aussi au sud; la largeur de la construction de ce côté mesurait seulement 5 m., elle était moindre de l'épaisseur des murs; ceux ci n'avaient que 0m70 au lieu de 0m85 ; cet appartement était surélevé de 2 m. à 2m50 par rapport au terrain actuel environnant, au sud; on a donc dû enlever près de 2m50 d'épaisseur de terre de ce côté pour le niveler dans l'état où il se trouve: lorsqu'on fit ce travail, on dût certainement rencontrer des sarcophages, car il en existe encore la moitié d'un emprisonné à l'angle sud est (en R du plan), c'est lui qui a attiré notre attention en premier lieu.

        Nous avons trouvé dans les angles sud ouest et sud-est, à l'intérieur, des pierres avec chanfrein formant plinthe, et encore placées sur un dallage en pierre reposant lui même sur du béton ; on remarque le même chanfrein à la base des contreforts extérieurs.

Le dallage.

         Le dallage du monastère était formé de larges pierres plates retrouvées le long du mur ouest ; sur les sarcophages A B. C. et un angle de mur accolé à l'autre et à l'intérieur, sur 1m50 de long; ces pavés mesurent 0m35 de côté et 0m040 d'épaisseur ; ils étaient posées directement sur les couvercles des sarcophages à l'aide d'un épais bain de mortier; ce dallage doit remonter à la seconde moitié du VIe siècle, à moins qu'il n'ait été repris, lorsque le monastère fut pillé par les Normands au IXe siècle : et comme dès le XIVe siècle on pavait déjà avec des carrelages céramiques, le pavage en pierre doit donc être très ancien. Nous voyons ainsi que les murs ou plutôt les fondations et une partie d'environ un mètre au-dessus sont de la fin du VIe siècle, mais ces murs ont été réparés à la fin du IXe siècle, ainsi que le prouve la réfection de l'angle sud-ouest, à côté d'un plus ancien contournant le sarcophage A ; cet angle était recouvert par le pavage ; et c'est sur ce pavage que nous avons retrouvé les pierres ornées que nous allons décrire. Il est impossible de dire si la seconde porte du monastère arrivait au point E, nous n'avons pas retrouvé de colonne en ce point, tandis qu'il en existait une de 0m27 de diamètre, située à 1m45 de l'angle sud-est et noyée dans l'épaisseur du mur de 0m85 ; cette colonne était composée de tambours de 0m19 à 0m23 d'épaisseur dont un sur deux était engagé dans le mur par 2 tenons de 0m10 ; ce dernier formait 2 demi-tambours : c'est une disposition jusqu'ici inconnue : il y avait donc au sud une seconde porte, ou un arc triomphal.

 

Objets trouvés. 

         Cet angle sud-ouest était le plus élevé ; deux épines ayant plus d'un siècle avaient poussé dans un monceau de blocages où nous avons retrouvé une douzaine de pierres ornées : 1° les unes mesurent 0m29 de longueur, 0m15 de hauteur et 0m18 à 0m22 d'épaisseur, elles sont ornées de deux étoiles en creux ; elles formaient une frise continue, ou plutôt l'arc d'une porte : sur d'autres pierres se voient des cubes ornés de losanges gravés mesurant 0m135 de longueur sur 0m09 de largeur et 0m06 d'épaisseur ; une autre pierre portait deux diagonales se croisant et une troisième au milieu, elle mesurait 0m265 de longueur, 0m08 d'épaisseur et 0m10 de hauteur ; enfin, des corbeaux ou consoles de pierre formés d'un prisme rectangulaire de 0m28 de longueur sur 0m09 de hauteur, l'extrémité porte une tête très sommairement indiquée ([16]); nous avons trouvé aussi des petits cubes en tronc de pyramide en pierre de 0m065 d'épaisseur dont les côtés de 0m07 présentent des petits triangles creux pour retenir le mortier ; des pierres portaient aussi ces trous pour retenir des enduits ou mieux pour adhérer au mortier.

          Nous avons tenté un essai de restauration de la porte avec ces éléments ([17]) en nous basant sur les portes à linteau triangulaire surmonté d'une archivolte à décor géométrique, comme celles qui se trouvaient à l'Église de Saint-Samson. II est impossible de préciser les dimensions de cette porte, si elle était simple ou à deux vantaux de chacun 1m55 de large pour un espace de 3m40. Notons encore une sorte de plinthe en pierre de 0m20 de large sur 0m70 d'épaisseur maxima, qui a pu servir de lambris ou d'encadrement, mais qui paraît plus moderne ; elle est encore en place près de la colonne E et dans l'angle.

          Parmi les objets de céramique, nous avons recueilli contre les murs, et toujours dans l'amas de pierres de l'angle sud-ouest, une centaine de briques de 0m25 sur 0m17 et 0m03 d'épaisseur, des sortes de tuiles de 0m165 sur 0m14 et 0m13 d'épaisseur ; d'autres calaient le sarcophage H orné de gravures et d'une scène de chasse.

           Ces pierres ornées d'étoiles à 4 branches et de gravures géométriques ont pour nous une réelle importance, car elles concordent avec les décors que nous retrouvons sur des boucles et des fibules attribuées aux Goths et qui font leur apparition dans nos cimetières barbares à la fin du IVe siècle, à Misery (Somme) et à Vermand (Aisne), cette dernière plaque est ornée aussi de lions gravés. Cet art des Goths apparaît dans les cimetières barbares des bords du Rhin et de l'Est de la Belgique, de Samson, Furfooz, Spontin ; de Kortheim sur le Rhin, Smithfield, Kreuzznach, Nieder-Bieber (Prusse Rhénane), lorsque les Germains ayant franchi le Rhin pour s'établir dans la Toxanderie (Limbourg) et la Wallonnie ( Hainaut, Namur et Liège), les légionnaires romains apportèrent avec eux le goût de l'art barbare, qui s'infiltra successivement en Gaule. C'est ainsi que nous voyons les dents de loup, les zigzag (sic), les étoiles apparaître tout d'abord sur les dernières parures romaines des IVe et Ve siècles, à Misery et Vermand, puis dans les sépultures des Ve et VIe siècles, de Concevreux, accompagnées de monnaies d'or de Justin Ier et de Théodebert Ier (VIe siècle) ; d'Homblières, Achery-Mayot, Marchelepot, Molain, Montceau-le-Neuf (Aisne); Corbie, Cléry, Ercheu (Somme), sans oublier la belle fibule de Leyde du musée de Bruxelles.

Boucle ornée de lions -Vermand (Aisne) et Marchelopot (Somme) Ve ou VIe siècle (étoiles à huit branches).


Les sarcophages.

         C'est en sondant le centre et le terrain de la butte près de laquelle nous avions remarqué un sarcophage que nous avons senti la présence de sept sarcophages en pierre tendre, à proximité et tout le long du mur sud-ouest du monastère ; ils sont énormes et mesurent 2 mètres à 2m10 de longueur, 0m75 à 0m85 à la tête, avec couvercle tectiforme de 0m30 d'épaisseur; quatre sarcophages en plâtre étaient superposés deux par deux et contre le mur ouest; les fondations intérieures remplissaient même l'un d'eux; ces sarcophages avaient été descendus dans des fosses creusées dans l'argile jaune, qui n'avait jamais été remaniée depuis leur placement ; d'ailleurs, leur poids s'y opposait; par leur forme, leur épaisseur et celle du toit, ils sont certainement de la fin du Ve siècle ou du début du VIe, puisque l'on a construit le monastère au-dessus, vers 550 ou 575, et posé le dallage en pierres immédiatement au-dessus.

Intérieur du monastère de Pental, à Saint-Samson de la Roque, avec les
sarcophages mérovingiens. (Vue prise à l'ouest).

          C'est à tort qu'on a prétendu que saint Samson aurait été inhumé à Pental; il mourut dans son évêché de Dol, le 28 juillet 565, c'est-à-dire environ quinze ans après la construction de Pental (nous n'osons affirmer cette date que l'on a mentionnée).

Un des sarcophages porte sur le couvercle une chasse aux sangliers attaqués par des chiens bassets. Tout d'abord, nous n'avions pas remarqué ces gravures assez fines, la surface de la pierre étant recouverte d'argile détrempée par la pluie, mais après de forts lavages de la surface tectiforme du couvercle, elles apparurent. Par malheur, et pendant notre absence, des visiteurs avaient soulevé maladroitement ce couvercle en pierre très tendre et ils émiettèrent l'extrémité la plus large, sur environ 0m16 ; sa longueur primitive était de 1m88 sur 0m75 de largeur à la tête et 0m30 aux pieds.

          On y remarque une série de chiens bassets dans diverses attitudes, poursuivant des sangliers ; l'un de ceux-ci se retourne pour faire tête aux. chiens ; l'un se tourne aussi et semble aboyer ; deux épieux (framées), placés parallèlement, sont dirigés vers le sanglier ; dans un coin, un animal a les pattes en l'air, ce qui permet de supposer qu'il a été tué ; près de lui sont trois épieux de différentes formes placés parallèlement; sur une des extrémités de l'auge, à la tête ; une autre gravure représente deux chiens de profil ; il n'existe pas d'autres gravures. Nous avons offert ce dessus de sarcophage et son extrémité, au musée des antiquités nationales de Saint-Germain-en Laye.

         Il existe une moitié de dessus de sarcophage en pierre trouvé (sic) dans le cimetière d'Andrésy, près Mantes (Seine-et-Oise), il présente sept gravures d'animaux, les uns derrière les autres, ou affrontés, et un personnage renversé ; ces gravures se rapprochent beaucoup de celles de saint Samson que nous venons de décrire; aussi nous les reproduisons d'après le travail de M. Cosserat.

           Nous devons aussi signaler un petit monument en pierre mesurant 0m13 de côté sur 0m17 de hauteur; il représente sur sa face la plus étroite (0m13) un personnage nu et debout, les mains ouvertes et près des hanches, il paraît reposer dans un sarcophage, car il est traité en bas-relief, et dans une cavité ;

sur un côté, on voit 3 cerfs, et sur l'autre, un animal de profil entouré par 3 autres dont un est tenu en laisse par un petit personnage, un enfant plus petit que l'animal, cet objet est au musée de Dijon; il a été trouvé à Tréclun, canton d'Auxonne (Côte-d'Or). C'est probablement une petite stèle de chasseur de cerfs : les figures sont exécutées en très léger relief et non gravées ; il doit être du IIIe ou IVe siècle. 

                                                                                                                            Monument de Treclun (Côte d'Or), musée de Dijon - communiqué                                                                                                                                      par MM.Gasser et Socley.

          C'est la première fois qu'une scène de chasse se voit gravée sur un sarcophage mérovingien ; par contre, on en connaît en bas-relief sur des sarcophages gallo-romains en marbre blanc. Nous pouvons citer huit sarcophages mérovingiens en marbre ornés sur leur longueur d'oiseaux affrontés : 1° Sarcophage de la cathédrale de Vienne (Isère) ; il est arrondi aux extrémités, il porte sur le côté et la longueur des oiseaux affrontés devant un vase, des rosaces ornent les angles; on lit une longue inscription ajoutée au Xe siècle sur le couvercle tectiforme ; 2° Sarcophage découvert à Charenton-sur-Cher (Cher), il est orné de deux griffons devant un vase. — 3° 4° 5° Dans son ouvrage sur les sarcophages ornés de la Gaule, M. Leblant en a signalé trois qui portent des gravures, ce sont ceux de saint-Andoche, saint Francovée et saint Léonien; celui de saint Andoche a été scié, mais il a été restitué dans l'église Saint-Andoche de Saulieu (Côte-d'Or); on y voit aussi deux colombes becquetant des pampres ; 6° Sarcophage du. musée de Bourges, provenant du couvent fondé en 620 par Théodulfe; 7° Sarcophage de saint Drausin, au musée du Louvre ; 8° Sarcophage du musée d'Autun, arrondi aux extrémités et orné de colombes. On peut citer encore les douze colombes séparées par un chrisme sur l'autel du musée du Borely à Marseille.

Les représentations d'animaux sont également rares à l'époque mérovingienne sur les bijoux ; nous citerons les griffons et les lions qui font face à Daniel dans sa fosse et qui sont gravés sur des plaques généralement ajourées ; nous avons signalé jadis deux éléphants, l'un trouvé à Muids (Eure), l'autre à Eslettes (Seine-Inférieure), des lions sur une autre plaque de l'ancienne collection de Glanville à Rouen ; il existe quelques fibules reproduisant des chiens, mais on voit plus fréquemment des serpents ; ces parures sont du VIe ou VIe siècle ; nous avons déjà mentionné les lions gravés sur des plaques des cimetières de Vermand et Misery (Aisne), que nous avons reproduites et qui peuvent remonter à la fin du IVe ou au début du Ve siècle : un vase en forme de bourse du cimetière mérovingien de Villevenard (Marne) est orné d'une série d'oiseaux bizarres ([18]).
Les sujets de chasse étaient fréquemment reproduits par les gallo-romains, non seulement sur des sarcophages, mais aussi sur les mosaïques ; nous citerons celle de la forêt de Brotonne, trouvée dans le quartier de la Petite Houssaye, à 6 ou 7 kilomètres de distance; elle représente Orphée charmant les animaux; une autre fut découverte en face Saint-Samson, de l'autre côté de la Seine, à Lillebonne, elle représente une très importante chasse au cerf. La forêt de Brotonne était réputée pour ses chasses, on y a retrouvé de nombreuses et vastes villas gallo-romaines.
C'est pour cette raison que le roi Childebert Ier y venait chasser et y résidait dans son palais d'Arelauna, dont nous croyons avoir retrouvé les vestiges à Vatteville-la-Rue (Seine-Inférieure), avec ses deux murs encore très élevés ; ce palais mesurait 18 mètres sur 42 mètres, il est entouré de fossés ([19]) ; à la base de cet immense édifice, nous avons observé l’opus spicatum sur deux assises ; il ne se voit plus à 3 mètres au-dessus du fond du fossé; les murs ont 1ml0 d'épaisseur, mais il nous semble bien difficile d'identifier cette vaste construction et de la faire remonter à la moitié du VIe siècle, car son appareil n'offre pas de chaînes de briques, comme à la villa de Thésée, près de Montrichard (Loir-et-Cher); il nous semble postérieur et plutôt de la fin du VIIIe ou IXe siècle, et peut-être contemporain du château Ganne, commune de la Pommeraye canton de Thury-Harcourt (Calvados), où l'appareil en épi est moins apparent qu'au donjon de Falaise ; il n'y aurait rien d'impossible que la partie haute ait été reprise ; toutefois, étant donnée l'épaisseur des murs, il est difficile d'admettre que les Normands, que l'on accuse d'avoir détruit les églises et les monuments, aient détruit des murs aussi épais; ils volaient les objets qui avaient de la valeur, et les vivres, mais ne se surmenaient pas à démolir des murailles qui avaient 0m85 à 1 mètre d'épaisseur, et dont le mortier était extrêmement solide; après leurs vols, ils pouvaient incendier la toiture et le mobilier, mais ils ne s'amusaient pas à démolir les murs qui n'avaient aucun intérêt pour eux, ce qui aurait absorbé leur temps et retardé leurs pillages.

Chapelle voisine de Notre-Dame de Pental.

La Chapelle de Notre-Dame de Pental (actuellement convertie en pressoir), côtés Est et Ouest.

          Nous avons déjà mentionné une petite chapelle transformée en pressoir; elle mesure 10 mètres de longueur sur 6 mètres de largeur; elle se trouve à environ 10 mètres de la route : sur sa face nord-ouest se voit une porte en plein cintre un peu encastrée, et sans doute du XIIe siècle, mais sans aucun décor; sur le côté Est, une petite porte du XIIIe siècle a été rebouchée; elle est aussi sans caractère architectural. Ce petit édifice était découvert depuis longtemps et en ruines ; on l'a recouvert et aménagé en pressoir vers 1890; il se trouvée 75 mètres de nos fouilles du monastère et à 300 mètres de l'ancienne église paroissiale détruite en 1828. Par suite, il est difficile d'admettre que les fondations que nous avons retrouvées soient celles de l'église paroissiale qui aurait été reconstruite dans le premier tiers du XIIe siècle, comme l'a écrit M. le chanoine Porée dans sa notice sur le Monastère de Pental et l'église de saint Samson de la Roque (publiée en 1923, p 19); il s'est trop pressé de devancer notre publication, où justement nous avions prévu certaines objections.

         Ce qui est le plus étrange, c'est que plus loin (p. 28 et suivantes), il parle encore d'une église abbatiale, collégiale et paroissiale ; si on admettait cette hypothèse, il y aurait en au XIIe siècle, dans un périmètre de 300 mètres deux églises abbatiales et paroissiales, et en plus, la chapelle Notre-Dame de Pental, on avouera que pour une très modeste commune cela aurait été invraisemblable.

Suivant nos habitudes, nous avons exécuté un relevé du plan cadastral pour permettre au lecteur de se rendre compte des distances et emplacements des divers édifices :

 

          1° L’Eglise abbatiale, collégiale et devenue paroissiale, détruite en 1828, et située aux numéros 30 et 31 du cadastre ; elle mesurait près de 25 à 30 m de longueur sur environ 15 m de large, elle était située à 10 mètres du vieux chemin du Bac, elle était orientée Ouest Est;

          2° La Chapelle Notre-Dame de Pental construite à la fin du XIIe siècle (n° 94 du plan) et portant de très nombreuses réfections, était encore mentionnée en 1692.

         3° Enfin, une prétendue église collégiale et paroissiale, qui n'est autre que la partie du monastère que nous avons retrouvé (n° 82 du cadastre).

          On peut objecter la présence des sépultures à l'intérieur et à l'extérieur de l'édifice; mais on oublie que ces sépultures sont au-dessous et au-delà du monastère; les mérovingiens plaçaient ordinairement leurs sépultures à flanc de coteau, comme ici, et ces sépultures sont certainement antérieures au monastère.

        On peut aussi parler de la présence d'une base de colonne qui se trouvait masquée et emprisonnée dans l'épaisseur du mur de fond Sud-Est, à 1m45 de l'angle ; cette colonne a comme diamètre 0m25 à 0m27, et le mur 0m85 d'épaisseur ([20]).

         Nous avons cherché vers l'angle opposé, à 1m45, s'il s'en trouverait une seconde, mais nous n'en avons pas trouvé. Cette colonne était sans doute du Xe ou XIe siècle et d'un appareil très spécial, puisqu'elle se composait de tambours de 0m22, tantôt cylindriques avec un petit segment intérieur enlevé pour s'appuyer contre le mur et alternant avec d'autres formés de deux demi-tambours terminés par un petit tenon à queue de 0m10 enfoncé dans une rainure au centre du mur. La largeur de cette porte pouvait mesurer au plus 3m45([21]); elle était sans doute divisées (sic) en deux parties par un meneau.

           Ici on peut émettre deux hypothèses: 1° il s'agit d'un arc triomphal et les deux arrachements de murs que nous avons signalé (sic) au Sud correspondraient à une abside ; 2° s'il s'agit d'une porte, elle aurait eu un pilastre central avec deux portes de chaque côté. On ne peut admettre, croyons-nous, l'hypothèse d'un arc triomphal ordinairement uni ; or, nous avons justement recueilli à l'angle opposé une vingtaine de pierres ornées d'étoiles très sommaires, de gravures en diagonales, et des corbeaux très sommaires qui nous ont permis de composer une archivolte. Mais alors il y aurait eu deux portes, une d'entrée principale au Nord-Ouest, à quelques mètres du vieux chemin du Bac dont les fondations et l'escalier ont disparu, et cette seconde entrée avec archivolte ornée. Mais là encore nous nous arrêtons devant une objection, puisque dans la première partie nous trouvons une cloison à 4m40 à l'Est, et que d'autre part, il y a des arrachements de murs se prolongeant au Sud, cela indique divers appartements contigus ; pourquoi alors a-t-on fait ce cintre orné, au Sud, et ordinairement réservé à l'extérieur et à l'angle Ouest. Or nos pierres ornées étaient à l'angle Sud-Ouest, dans le grand appartement de 15 mètres de longueur.

         Il est impossible avec des documents si peu nombreux et une partie Sud totalement détruite, y compris les fondations, de rien préciser sur l'importance des constructions de ce côté.

Nous avons retrouvé les pierres du monastère dans les constructions voisines et même une rosace en terre cuite encastrée dans une pierre d'angle d'un hangar, rappelant celles de l'église abbatiale détruite en 1828, et que nous avons reproduite ; personne ne l'avait remarquée avant nos fouilles, car personne avant ne soupçonnait l'intérêt que pouvait avoir cet endroit où nous avons complètement exploré un espace de 20 mètres sur 12 mètres et fait des sondages de reconnaissance sur 150 mètres au moins de longueur et 45 mètres de largeur, sans trouver d'autres fondations.

Vase en terre du XIIe ou XIIIe siècle trouvé à Pental.

          Parmi nos découvertes, il convient de signaler au-dessus des pierres ornées, sous les deux épines séculaires de l'angle Sud-Ouest un vase très mince en grès de la forme des vases acoustiques usités au XIe ou XIIIe siècle ; il se trouvait à la surface des décombres ornés; on ne peut admettre qu'il est contemporain des pierres et frises ornées d'étoiles, ce qui n'est pas logique, car il date forcément de la démolition et non de la construction ; par suite, il faudrait admettre que les élévations retrouvées sont du Xe ou XIe siècle, ainsi que semble le prouver la présence de la colonne ; et que le monastère assez détérioré par les Normands, ou par vétusté, fut restauré à la fin du IXe ou au début du Xe siècle ; mais la construction primitive de ces murs reste bien mérovingienne. Et puisque l'évêque de Dol, Baudry, y mourut, en décembre 1129, ce vase est à peu près contemporain de cette époque, et du XIIe ou au plus du XIIIe siècle. On connaît cette date par une inscription trouvée à Saint-Samson et mentionnée dans la Gallia Christiana (T. II, p. 566).

Des étoiles beaucoup plus évoluées se voient sur l'arc de la porte de l'église de Pressagny-le-Val, de Notre-Dame de l’Isle, Fontaine-la-Soret, chapelle Saint-Eloi de Nassandres (Eure), églises de Beaumais, Cambe, Saint Martin des Bois, Sainte Barbe en Auge, Saint Sylvain, Huppain, Parfouru l'Eclin, la Trinité ou l'Abbaye aux Dames, Saint Etienne de Caen, les églises de Mouen et Thaon (Calvados), elles sont considérées comme de la première moitié du XIe siècle ; mais il ne faut pas oublier que des étoiles primitives et du même genre se voient aussi sur les plaques de ceinture des cimetières de Vermand (Aisne) fin du Ve siècle, Misery (Somme) et de Marchelepot (Aisne) VIe siècle (p.13), des cimetières mérovingiens des Pays Rhénans, sur des supports en terre cuite du début du Ve siècle de la cité de Vertilium (Côte-d'Or) et de Langres (Haute-Marne).
D'autre part, la présence de briques de formes romaines retrouvées contre le mur Sud-Ouest, et dont un certain nombre sont encore emprisonnées dans ce même mur permettent de lui donner comme origine, si non celle du monastère, c'est-à-dire vers 550, on peut tout au moins admettre que ce sont des matériaux provenant du monastère et utilisés comme réparations de brèches au IXe ou Xe siècle. Nous avons aussi fait remarquer des réfections aux angles S.-O. et S.-E., ainsi que la colonne de l'angle S.-E. correspondant à une ouverture qui peut remonter au Xe siècle ou début du XIe.
Par le peu qui a survécu à tant de démolitions, nous sommes cependant heureux d'avoir pu les faire revivre et tenter de leur redonner un peu de leur intérêt historique et architectural en évitant toujours les hypothèses.

 

L'Eglise abbatiale et paroissiale.

 

         Les sculptures mérovingiennes et carolingiennes sur pierre sont rares dans toute la France ; les premières qui ont été signalées en Normandie par M. Le Prévost, dès 1828, puis par M. de Caumont, appartenaient à l'ancienne église de Saint-Samson de la Roque. Nous empruntons à M. A. Le Prévost sa description de ce précieux monument qu'il a pu voir, vers 1828 ; et déjà il le croyait antérieur au Xe siècle ([22]).

        Il avait obtenu que son collègue Rever, né près de cet endroit à Conteville s'y intéressât aussi ; mais ce dernier était très âgé, et il vint à mourir le 12 novembre 1828, la démolition eut lieu la même année.

Eglise abbatiale, collégiale et paroissiale de Saint Samson de la Roque (Eure), d'après la gravure de JS Cotman -1820 - et la lithographie de Ed. Lambert -1828

 

        « L'église de Saint Samson était relativement moderne et loin « d'appartenir tout entière à des constructions antérieures à l'invasion normande. Le portail présentait une entrée en forme  d'ogive, à deux ressauts, sans moulures, surmontée de trois  fenêtres à lancettes et d'une petite rose avec quatre contreforts  modernes. »

         De chaque côté de la nef principale, quatre arcades pointues étaient portées sur des piliers carrés à simple tailloir, moins récents. Les murailles extérieures de cette nef étaient les parties les plus anciennes de l'édifice. On distinguait à l'extérieur, au milieu des matériaux grossiers dont elle était composée, plusieurs fragments de pierre sculptée, dont l'un orné d'un cordon de perles, provenait d'une construction plus antique encore ([23]). La muraille du côté de l'épître (côté Sud) appartenait, comme la précédente, à la construction la plus ancienne ; c'est sur sa face extérieure que se trouvaient encastrées plusieurs inscriptions, ainsi qu'un cadran solaire très grossier. On y voyait, particulièrement dans sa partie supérieure et autour des fenêtres, un assez grand nombre de briques offrant, par leurs dimensions longues et étroites, quelque analogie avec les briques romaines. Ces deux murailles étaient flanquées de contreforts très minces ([24]). Près du portail, l'une et l’autre étaient percées d'une porte de construction très rustique, et bouchée depuis longtemps. Chacune d'elles se composait de deux énormes jambages et d'un linteau triangulaire non moins grossier, formant une espèce de fronton ou tympan ([25]).

         Dans la nef étaient renversés plusieurs entablements de piliers carrés, chargés de quatre feuilles.

          Une muraille d'une grande épaisseur séparait la nef du chœur et était percée d'une arcade romane supportée par deux grosses colonnes. Nous reproduisons les deux chapiteaux sur leurs trois côtés ornés, celui de l'évangile, côté Nord, n° 1, 2 et 3, et celui du côté de l'épître (côté Sud, n° 4, 5 et 6) ; le serpent qu'on remarque dans cette dernière figure est peut-être destiné à rappeler le miracle auquel le monastère voisin de Pental devait sa fondation ([26]) ou plus simplement un entrelacs, motif très fréquemment employé du VIIe au XIe siècle.

         Le chœur assez insignifiant était percé, à son extrémité, d'une fenêtre à lancette. A droite et à gauche de l'entrée de ce chœur avaient existé deux absides latérales, ornées d'arcades extérieures. Celle du côté sud de l'épître avait été fort anciennement remplacée par un clocher carré, de construction romane primitive. La porte de la tourelle servant d'escalier offrait une arcade semi-circulaire, décorée d'un rang d'ornements rappelant l'empreinte en creux d'un pied de cheval ([27]). L'abside latérale, du côté de l'évangile, était bouchée et remplacée par une muraille plate, devant laquelle s'élevait à l'intérieur un autel formé de pierres grossières. Au point de jonction de ce mur plat avec celui de l'abside, vers l'extérieur, se trouvait employée une pierre provenant d'une démolition antérieure, une de ses faces engagées était chargée d'entrelacs et de caractères, les uns de petite dimension et presque superficiels, les autres plus grands où on lisait le nom gvlfardvs, qui est peut-être celui du sculpteur ([28]). A. Le Prévost a cru pouvoir ainsi lire une des inscriptions:

                      VINON VIXSI IAN IIVI POIS ABC MORTVVS FVII MRES ALTUN

          A. Le Prévost ne croyait pas pouvoir faire remonter cette inscription plus loin que le IXe siècle, c'est encore l'opinion de professeurs de l'Ecole des Chartes, que nous avons consultés. Ces inscriptions devaient probablement surmonter des tom­beaux ou indiquer des sépultures sous le dallage.

          Il a publié deux autres inscriptions dont une de la fin du Xe ou du XIe siècle, car la date n'y figure pas ; l'une a été gravée dans le voyage des élèves de l'école centrale d'Evreux, de Rever, (p. 122, pl. VI) et pl. X de l’Atlas des Antiquaires de Normandie, 1826 ([29]).

          Rever a parlé d'un voussoir en briques qu'il avait remarqué dans sa visite de 1799 de cette église ; les briques avaient été employées dans la partie supérieure de la nef, surtout autour des fenêtres, elles présentaient quelque analogie avec les briques romaines, comme épaisseur. A. Le Prévost ne les a pas vues, en place, lors de sa visite, mais il eut la chance de trouver d’autres briques de formes très variées dont il rapporta cinq exemplaires recueillies parmi les démolitions de l'église et qui avaient été apportées au bord de la Risle;brique à face extérieure carrée de forme prismatique ;brique rectangulaire;brique imbriquée ou en forme d'écaille de poisson ;brique rectangulaire avec un denticule au centre ayant pu former des denticules dans une corniche de plafond;une sorte de losange à côtés concaves, Peut-être certaines de ces briques ont-elles servi à faire une sorte de mosaïque, comme sur l'extrémité de l'abside de Saint-Taurin à Evreux ou plutôt sur l'archivolte d'appareil décoratif du portail de l'église Saint-Martin d'Ainay à Lyon, de Distré et du Lion d'Angers.

                       

                            Portail de l'église de Distré près Saumur (Maine et Loire)

           A. Le Prévost croyait que les murailles de la nef avaient pu appartenir à la première construction, ainsi que le mur de séparation de la nef et du chœur, les colonnes et les chapiteaux; les murailles de la nef étaient formées de débris d'un édifice plus ancien.

           Une inscription que nous reproduisons également a trait à la réparation d'un arc qui s'était rompu et fut réparé ; cette inscription est aussi de la fin du XIe ou du début du XIIe siècle ; elle se trouvait à l'intérieur, à 2 mètres de hauteur près d'un voussoir formé de grandes briques et près de pierres ornées; Rever la datait à tort du VIIIe siècle ([30]), une partie de la seconde ligne n'est plus visible, M. P. Deschamps, la lit ainsi :

ARCVS, ISTE, FVIT, FRACTVS ECCE, JAM, EST, EMENDATUS.

          Dans ces conditions, cet arc n'aurait pas été reconstruit au Xe siècle, après les ravages des normands, comme l'a écrit M. le chanoine Porée, la réparation aurait eu lieu cent ou cent cinquante ans après ; cette inscription serait au musée d'Evreux ; il en existe un moulage au musée des antiquaires de Normandie à Caen.

Nous reproduisons également un grafitte très intéressant du musée d'Evreux offert aussi par A. Le Prévost, qui est beaucoup plus ancien et mérovingien, du VIe ou VIIe siècle ; on remarquera surtout la lettre capitale B qui commence le premier mot du cantique de David, et fait penser aux initiales ichtyomorphiques des manuscrits mérovingiens ; de même, la graphie scirpsit, au lieu de scripsit et l’r de vir; c'est une variante du cantique des vêpres : « Beatus vir qui timet Dominum in mandatis ejus volet nimis. »

               BEATVS. VIR . QVI NON HABIIT 1NCONSILIO IMPIO RUM. AVITVS SCIRPSIT IPSE

Graffitte sur terre cuite du musée d'Evreux.

          Nous nous sommes servis d'une lithographie de Lambert et de l'eau-forte de Cotman pour composer la vue de la nef de l'église abbatiale ; nous avons modifié les arcs, car ceux de Lambert sont un peu ogives, ainsi qu'ils se trouvaient, mais cela ne correspondait pas aux piliers plus anciens, ainsi que l'a fait remarquer A. Le Prévost, lors de la démolition de l'église en 1828 ; ces arcs avaient été refaits; primitivement, ils ressemblaient à ceux de l'abbaye de Bernay (Eure), de Château Landon, de Valcabrère près Saint-Bertrand de Comminges, de Saint-Victor à Marseille.

         Ces quelques épaves fort curieuses font vivement regretter la disparition de cet édifice si précieux par ses détails et on est surpris que Rever qui fouilla le théâtre de Lillebonne et explora les importantes ruines du Vieil Evreux et qui habitait à 5 kilomètres de là, n'ait pas songé à sauver d'une ruine imminente ce qui restait de ce monastère, car l'église abbatiale et collégiale qui avait survécu était déjà désaffectée en 1799 ([31]) et complètement en ruines en 1828, lorsqu'on se décida à la démolir. Son ami A. Le Prévost lui recommanda bien de sauver ce qu'il pourrait, mais, il avait 75 ans, et comme il mourut à ce moment, il est à supposer que son état de santé lui interdisait de sortir, bien qu'il habitât à 5 kilomètres de ces ruines.

            Une longue expérience nous ayant démontré que les fouilles procurent toujours quelques renseignements, nous avions projeté d'explorer l'abside de cette église et de rétablir le plan en recherchant les fondations. Le propriétaire M. Harel s'y opposa, à cause de ses foins, il nous promit de nous laisser faire nos recherches quand son pré serait fauché en septembre ; nos demandes furent toujours différées par la crise de main d'oeuvre encore plus rare dans l'arrondissement de Pont-Audemer et la vallée de la Risle, où chacun possède ; les villages sont très peu habités. Enfin, le propriétaire étant décédé, la veuve nous a dit qu'elle s'opposait à nos recherches; nous sommes obligé (sic) de le dire, car on pourrait être surpris que nous n'ayons pas continué nos recherches.

 

 

Retranchements Moites de Tinetot et de Prémanoir. — Tinetot. Sur la hauteur et près d'une ferme isolée se voit une motte n'ayant plus que 4m environ de hauteur, les fosses ont disparu vers 1880, et sa hauteur a été abaissée au niveau actuel ; primitivement, elle mesurait environ 15m de diamètre ; elle est située à l'ouest et à 80m de la ferme de Tinetot, à 6 ou 8m  du bord du bois et du Val aux Renards.

          2° Prémanoir. Plus loin, à l'ouest, à environ 100m du bord du bois et d'une prairie, à 50m de la déclivité dite Côte des Aigles ou Angles dominant la Risle, se voit la butte de Prémanoir, elle n'a que 5 à 6m de hauteur du fond du fossé qui mesure 4m de largeur et 3m de profondeur au plus ; le diamètre est de 40 à 45m ; les bords supérieurs forment un léger talus de 2m de largeur ; par suite, le centre forme une partie un peu concave. Au sud, se trouve le vallon de Prémanoir. (Nous supposons que c'est bien cette motte que A Le Prévost, Fallue et Canel ont désignée sous ce nom).

            3° Le Camp aux Anglais. A l'extrémité de la rive droite de la Risle se trouve un promontoire obliquant à droite et qui force la rivière à incurver son cours, il porte le nom de Pointe de la Roque. Ce promontoire ou cap offrait une situation défensive de premier ordre, aussi y voit on une sorte d'éperon barré nommé le Camp aux Anglais. Le rempart assez atténué commence au tournant de la côte de St-Samson qui descend au marais et à la Risle, il mesure environ 450m de longueur et 3m de hauteur avec un fossé du côté du vallon de St-Samson ; il est dirigé de l'Ouest à l'Est ; à environ 80m, il est coupé par un petit chemin permettant de se rendre à l'immense pâturage qui s'étend au nord jusqu'au phare et à la pointe, soit sur 1400 à 1500m de longueur ; le promontoire est divisé par moitié par un chemin se rendant au phare ; la partie gauche où se trouvent des maisons porte le nom de Castel ; la partie de droite, au Sud-Est, où existe le grand rempart de 450m, porte le nom de Camp des Anglais.

           A environ 1000m au Nord se voit un autre rempart d'environ 250m de long, avec fossé, dans lequel existe une brèche vers l'Est; le phare se voit à 50m au Nord; il domine la falaise crayeuse de la Pointe de la Roque. On a trouvé des ossements humains sur la face Ouest de ce triangle. Sur la face Est, à 30m du petit talus se trouve la dernière partie de la grotte de St-Béranger (Saint-Germer) où il se retira en quittant le monastère de Pental. On voit dans la déclivité et près du sentier boisé les ruines d'un Ermitage.

        En face, au N.-E., de l'autre côté de la Risle, se trouve le petit éperon barré dans la propriété de Mme Bunel, à la Garenne ;

en face, au Nord, de l'autre côté de la Seine, le grand camp de Sandouville ([32]).

  

 


[1] Mémoire sur quelques monuments du département de l'Eure, 1828 ; —Mémoires et notes pour servir à l'histoire du département de l'Eure (T. III, p. 197, 199).

[2] Dictionnaire historique du département de l'Eure (T. II, p. 864).

[3] Nous avons mis en italiques les parties absolument inventées.

[4] L'ermitage de Saint Béranger, à la pointe de la Roque figure sur les cartes de Cassini ; on en voit des vestiges dans le bois, au bord de la falaise.

[5] Acta sanctorum ordinis S.Benedicti Seculum I, Vita S. Samsonis episcopi Dolensis in Armorica (p. p. 165 à 185 ; p. 175 § 38)

[6] Acta sanciorum T. /, p. 180  § 59 « In hoc monasterio ita scribit Baldricus Dolensis Antistes » cap. 6. « Locum illum Pentale seu Pentaliense (quasi Pœnitentiale) Monasterium secundum. Britannicae linguae idioma vocavit. In ipso Monasterio S, Samson sepultus legitur in Vita a Boscio édita, his verbis : cujus corpusculum in Monasterio Doli Penetale sub spe futura resurrectionis positum est.”

[7] Acta sanctorum ordinis S. Benedicti. Seculum II, Vita S. Geremari abb. Flaviacensis (p. 478 § 12) “ Eodem tempore Dagoberto mortuo, anno undecimo régnante Chlodoveo Rege, correctus est B Geremarus in viam salutis aeternae. Videns ergo quoniam nihil in mundo perpetuae mercedis animae suae acquirebat, sed magis detrimentum perpetuum illi praeparabat adhortante eum B Audaeeno, adiit Regem Chlodoveum, petiit que ab eo ut filio suo quod pater ejus concessit concederet et capitis comam ei deponere liceret,  seque in Monasterio ad serviendum triaderet. Per jussionem autem Régis licet abnegantibus Francis tonsuravit eum B. Audœnus, dédit que illi Monachilem habitum : et instruens illum coelestibns disciplinis misit eum in Monasterium Pentalli vocabulo denonciatum, ut ibi fuisset in obedientia Abbas et Pastor ovium Christi et illuminator animarum.

... §. Cum Magno ergo gemitu et lacrymis suspiriis cordis suscipit regendum Monasterium. Relicta autem uxore et filio et omnibus hugus mundi curis secundum Evangelicum preciptum secutus est Christi Jesu vestigia, et abiit in Monastenum quod supra nominavimus Pentallum in pago Rotomagence super ftuvimn Lizirinum. (On a mal recopié le nom de Rizela, cité plus haut ; on a changé la première lettre R en L).

Cujus vita qualis, quam sancta ibi cunctis revulsit, testantur sanitates et plurimae incolis fastae virtutes, et in omnibus contemplativae vita congruentibus.

• Istius monasteri conditor, non S. Audoenus (uti Arturus in Neustria pia eum Antonio Yepez putat sed Childebertus senior in gratiam S. Samsonis qui ex antro proximo serpentem ejecit Lege librum i vitae S. Samsonis. Saeculo 1 ad annum 565. Quod quidem Monasterium ad Litizinam amnen, vulgo la Lizaine, interHonfluentum et Pontem-Audomati olim situm, adhuc extabat seculo IX prout apparet ex gestis Ansegisi Abbatis, qui in Chron. Fontanell. cap. 16. ad Pentale Monasterium solidos XV, legavisse dicitur »

L'éditeur de la Vita Geremari ajoute quelques détails qui ne précisent pas beaucoup plus lorsqu'il dit que le monastère était situé entre Honfleur et Pont-Audemer ; ces deux localités étant distantes de 30 kilomètres en ligne droite, on pouvait donc creuser pendant un siècle pour retrouver Pental sur ce vaste espace.

  [8] Abbé Duine — Saint Samson et sa légende. l900 ; Saint Samson,  évêque de Dol 1922, — R, Fawtier. La. vie de Saint Samson. 1912. — J. Loth, La vie la plus ancienne de Saint Samson, abbé-évêque de Dol d'après des travaux récents. 1923.

    [9] Nous copions cette partie de la note de M. Depoin (Vie de saint Germer, publiée dans le bulletin de la Société franc. d’archéol. Congrès Beauvais 1905, pp. 392 à 406), Saint Germer naquit à Vardes, près de Neufmarché (Oise) , il devint conseiller du roi Dagohert, il épousa une jeune fille nommée Domène, d'une grande famille (comme la sienne) : elle lui donna deux filles qu'il perdit et un fils Amaubert, qui fut baptisé par saint Ouen (Audouin), référendaire du. roi. Amaubert étant devenu grand, succéda à son père, et celui-ci se serait retiré dans une île de l'estuaire de la Seine, nommée Pentale ; Germer y aurait édifié un monastère en 550 ou 552 ; il revint auprès du roi, puis de la reine Nanthilde, devenue veuve ; ce n'est qu'en 649 qu'il serait retourné à Pental, abandonnant son fils, sa femme et ses biens ; ce fut son ami saint Ouen, devenu archevêque de Rouen qui lui aurait coupé les cheveux, pratiqué la tonsure et donné la direction du monastère (on voit comment M. Depoin a modifié et amplifié le texte). Ayant appris la mort de son fils, Amaubert, il se dirigea vers le lieu de son décès avec une procession de moines et fidèles ; arrivés au gué de Baniacus, Vaniacus ou Ganiacus (Gasny actuel), ayant fait ouvrir le cercueil, et très ému, il résolut de fonder un petit hôpital en cet endroit pour douze pauvres. Puis il employa la fortune qui lui revenait de son fils pour fonder le monastère de Saint Germer à Fly-du-Désert, près de Gournay, où il mourut le 30 décembre 664.

Nous pourrions aussi relever les erreurs commises dans une notice intitulée le Monastère de Pental et l'église de Saint Samson de la Roque où se trouvent rapportées des légendes invraisemblables auxquelles l'auteur a ajouté des documents incomplets et inexacts qui lui furent transmis par une personne qui avait assisté à nos fouilles et à une conférence que nous avions faite, lors d'une excursion.

[10] Maassen, concil aevimerov, I, p. 141.

[11] Chronique de Fontenelle cap. 16.

[12] Nous ne pouvons voir un autre sens dans son texte (III. 623) où il dit que l'église de Dol « fundos habebat... » et ne laissait rien supposer de plus, au sujet de Pental.

[13] F.Rever. Voyage des élèves du pensionnat de l’école centrale de l’Eure pendant les vacances de l'an 8 (1800) p. 120 et note XX, p. 174, pl. VI.

[14] Nous devons tout d'abord remercier M. Toutain (Jean Revel), le très distingué littérateur normand de nous avoir permis de fouiller son terrain, d'avoir laissé les fouilles visibles, et de nous avoir donné une cordiale hospitalité, car dans ce village les habitations sont rares et disséminées.

[15] Les pierres ornées d'étoiles doivent être placées perpendiculairement à l'arc et former ainsi deux rangs parallèles l'étoiles.

[16] Nous en rapprocherons les corbeaux en terre cuite trouvés en 1923, dans les fouilles de l'église de St-Benoit-sur-Loire, décrits et figurés par M. l'Abbé Chenesson, et qui peuvent remonter au VIIe ou VIII' siècle. (Bul. Soc. Arch. hist. de l'Orléanais , 1923, p. 46).

[17] Voir reconstitution ci-dessus.

[18] Th Eck Les deux, cimetières gallo-romains de Vermand et de Saint-Quentin. pli XV, fig. 1, 2, 3 et pl. XVI, fig. 89. — L Coutil et Roland. Le cimetière mérovingien de Villevenard (Marne)

[19] Le roi Childebert, pour récompenser saint Samson d'avoir débarrassé l'embouchure de la Risle des ravages d'un serpent lui donna le terrain où il se trouvait et ses dépendances pour y construire le monastère de Pental.

[20] Nous reproduisons une série de demi-tambours de colonnes du mur du château de Larçay, près Tours ; elles sont romaines, ainsi que le mur du théâtre de Vervins (Aisne) ; nous en avons trouvé d’analogues dans l’abside et à la base du mur sud de l’église mérovingienne de Rugles construite avec des matériaux de la villa gallo-romaine, sur laquelle on a construit cette église Les demi-tambours de Pental comme ceux du clocher de l'église de Tuffeaux, près de Tours, sont un peu différents et probablement du début du XIe  siècle.

[21] Nous avons commencé une enquête pour retrouver des demi-tambours engagées (sic) analogues à ceux de Pental, mais nous ne trouvons que des demi-tambours faisant corps avec le mur, comme dans la crypte de Saint Aignan à Orléans, qui date de 989 ; on y remarque des chapiteaux ornées (sic) de palmettes analogues à ceux de Saint Samson et ornés aussi sur trois côtés ; l'église Notre-Dame de la Couture, au Mans, offre aussi les mêmes demi-tambours et chapi­teaux, ce qui permet de dater la colonne de Pental du Xe et certainement pas postérieure au début du XIe siècle.

[22] A. Le Prévost. Mémoire sur quelques monuments du département de l'Eure, et particulièrement de l'arrondissement de Bernay. (Mém. antiq. de Normandie 1828 p. 472 à 495)

[23] Ces fragments sont au musée d'antiquités de la société des antiquaires de Normandie à Caen ; ils ont été reproduits dans le Magasin pittoresque (mai 1864) et dans l'Abécédaire d'archéologie, architecture religieuse de de Caumont (5e édition 1870, p 87, 88); l'Annuaire de 5 départ. de Normandie 22e année, 3 pl.) ; une grossière tête humaine accompagne ces fragments de pierre. Nous les reproduisons en faisant remarquer leur analogie avec ceux de la chapelle St-Saturnin à Caillouville, près St-Wandrille (Seine-Inférieure), aussi du IXe ou Xe siècle.

[24] Comme ceux des églises mérovingiennes et carolingiennes de Rugles (Eure) et de Ouilly-le-Vicomte (Calvados).

[25] Cette description des portes rappelle celle des églises de Périers(Calvados) et Anisy , que nous avons reproduite à propos de Rugles, arrondissement d'Evreux, nous nous sommes basé (sic) sur cette description pour restituer la porte et l'arc triomphal du monastère. Nous ferons remarquer que les colonnes qui supportaient l'arc triomphal de la grande église abbatiale du monastère de Pental, détruite en 1828, étaient énormes, monolithes, et du début du XIe siècle, tandis que celles de l'édifice que nous avons découvert étaient de moitié plus petites, et totalement différentes.

[26] Ces chapiteaux du début du XIe siècle offrent des analogies avec ceux de Saint-Vital à Ravenne, de Sainte Scolastique à Subiaco (ltalie), Vilaines (Seine-et-Oise) et Saint-Hildevert de Gournay, abbaye aux Dames, la Trinité, à Caen (1066), Cenac, près Domme (Dordogne), crypte de Champdieu, près Montbrison (Loire). Rever avait eu l'heureuse idée de faire apporter ces deux chapiteaux chez lui, à Conteville, peu de temps avant sa mort ; ils ont été ensuite transférés dans la salle des réunions de la société libre de l'Eure, à Evreux, qui a été bien inspirée de conserver à l'abri ces deux intéressants documents, car les autres pierres sculptées données par la société au musée de la ville sont dans le jardin public, dans celui de la Préfecture, ou la cour du Grand Veneur, depuis 60 ans, soumises à toutes les intempéries, et aussi exposées aux dégradations des passants et des grévistes, comme on l'a vu en 1920.

Cotman a reproduit ces chapiteaux et la partie de l'église dans son bel ouvrage : Architectural antiquities of Normandy) (T. U. p 83 et 99) : texte par Dawson Turner.

[27] Comme au portail de Foulbec, à 2.500 mètres de distance.

[28] Au musée des antiquaires de Normandie à Caen.

[29] Ces briques se trouvent au musée d'Evreux dans la grande vitrine du cimetière gallo-romain des Quatre-Acres (St-Louis); elles mesurent 0m54 X 0m24 et 0m10 d'épaisseur; et 0m40X0m25 et 0m10 d'épaisseur ; sur l'une on lit ; Hic requiescunt corpora srcerdotes... Benedicfi qui obiit.

[30] Rever. — Note sur deux objets du Moyen-Age découverts dans l'ancienne abbaye de Saint Samson sur Risle, (M.ém. Soc. ant. de Normandie, 1826, pp. 206 à 209.

[31] Le dernier curé de Saint-Samson fut l'abbé Leprince, du diocèse de Dol, nommé doyen de l'église collégiale et paroissiale de Saint-Samson de la Roque, le 5 décembre 1781.

Un plat en émail cloisonné du trésor de l'église de Saint-Ouen de Pont-Audemer représentait la légende de Saint-Samson.

[32] Le premier qui a parlé de ce camp est A.Canel, il a donné quelques lignes sommaires en 1834 (Essai historique, archéologique et statistique sur l’arrondissement de Pont-Audemer (Eure). L’année suivante en 1835, Fallue l’a cité aussi (Mémoires sur les travaux militaires antiques des bords de la Seine) (Mém. soc. ant. Normandie, T. IX, 1835, p 205). Enfin , sans rien ajouter ni préciser, mais en recopiant ces auteurs et en donnant aussi deux kilomètres de longueur au talus soit 1500m de trop, M.J.Leroy a donné aussi une note (le Camp retranché de Saint Samson de la Roque (Eure) Bull. Assoc. Franc. pour avanc. sciences. Congrès de Reims 1907, p 879-880).


Après le texte et les illustrations de 1925, voici des textes et des images actuelles.

Le livre " L'Eure de la préhistoire à nos jours " publié en 2001, sous la direction de M. Bernard Bodinier aux Editions Jean-Michel Bordessoules, traite abondamment de l'abbaye de Pentale, comme en témoignent les citations ci-après.

Extraits du chapitre " Le haut Moyen Age " (MM. J. Le Maho, B.Tabuteau, A.Plaisse, J.Auboin, Mme M.Baylé).

Les monastères

Le territoire actuel du département de l'Eure n'est pas resté à l'écart du grand mouvement de fondations monastiques de l'époque mérovingienne qui allait faire de la région de la basse Seine une véritable " rue d'abbayes ". C'est même dans l'Eure que se trouvent les deux plus anciennes fondations attestées en Haute-Normandie. La première est l'abbaye de femmes d'Andely, fondée par la reine Clotilde (+531), épouse de Clovis ; situé sans doute à l'emplacement actuel de l'église Notre-Dame au Grand-Andely, cet établissement destiné à accueillir les filles des familles de l'aristocratie locale était probablement lié au palais royal d'Etrépagny, séjour de la cour franque au VIe siècle. Le second monastère à apparaître dans les textes est celui de Pentale dans la basse vallée de la Risle, fondé sous le règne du roi Childebert (511-558) par le moine breton saint Samson, futur archevêque de Dol. Cette abbaye bretonne, au nom si caractéristique, est traditionnellement identifiée à l'ancienne paroisse de Saint-Samson (comm. de Saint-Samson-de-la-Roque). Outre l'indice fourni par ce vocable, un des arguments en faveur de cette identification réside dans le fait que lors de la démolition de l'église au début du XIXe siècle ont été recueillis une grande quantité d'éléments architecturaux de l'époque mérovingienne, notamment une remarquable série de briques à décors moulés. Rattachée au diocèse de Dol, l'abbaye de Pentale constituait une enclave bretonne dans le diocèse de Rouen. C'est pour en prendre le contrôle, et sans doute en tout cas dans l'espoir de la soumettre aux usages francs, que saint Ouen, évêque de Rouen (+684), fit nommer à sa tête un de ses hommes de confiance. Germer, issu d'une grande famille franque du Vexin. Mais la mission de Germer échoua. Les moines tentèrent de l'assassiner et il dut se retirer pendant plusieurs années avec quelques fidèles dans un ermitage situé près du port de l'abbaye, sur le promontoire de la Roque. Il y avait là une grotte d'où saint Samson, selon la tradition populaire, avait expulsé un serpent, légende classique illustrant la lutte des premiers missionnaires chrétiens contre le paganisme (la grotte a subsisté, actuellement connue sous le nom de " Trou-Béranger "). (page 109)

[…] A en croire les témoignages de l'époque, l'effectif des moines était déjà très important à Pentale au VIIe siècle. C'est probablement en raison de cette affluence de recrues que fut créé un second monastère au nom lui aussi typiquement breton, l'abbaye de Pennante, connue par deux textes : l'un est le testament de l'abbé de Fontenelle Anségise (+ 833) où son nom suit celui de Pentale, l'autre un martyrologe carolingien où est évoquée la mémoire d'un saint Saivold honoré au monastère de Pennante, et qui en fut sans doute le premier abbé. On a longtemps cherché en vain l'emplacement de cette abbaye disparue. Mais d'une étude récente, il ressort que l'on aurait plusieurs bonnes raisons de la situer dans la vallée de la Vilaine, petit ruisseau qui coule parallèlement à la vallée de la Risle. La commune de Saint-Pierre-du-Val, aux sources de la rivière, a en effet possédé autrefois deux églises, l'une dédiée à Notre-Dame (c'était primitivement le siège de la paroisse de Sainte-Mère), l'autre, la seule qui subsiste aujourd'hui, sous le patronage de saint Pierre. Situées à moins de 200 mètres l'une de l'autre, ces deux églises semblent bien représenter le souvenir d'un couple de sanctuaires comme il en existait communément dans les abbayes du haut Moyen Age. L'abbaye-mère de Pentale présentait une disposition tout à fait semblable, avec une église principale sous le titre de Saint-Pierre et, à quelque distance, une église Notre-Dame à usage de basilique funéraire : on voit encore à cet endroit, sur un terrain qui est aujourd'hui la propriété du département de l'Eure, les sarcophages d'un cimetière du VIIe siècle mis au jour par Léon Coutil en 1922. (page 100)

[…] Il est probable que les deux monastères bretons de Pentale (Saint-Samson-de-la-Roque) et Pennante (Saint-Pierre-du-Val), situés tous deux au fond de la baie de Seine, ne restèrent pas en marge du grand commerce animé par les plus puissants monastères neustriens comme Saint-Denis, Fontenelle, Jumièges ou Saint-Médard de Soissons. Les moines de Pentale disposaient de leur propre port à l'embouchure de la Risle, sans doute sous la falaise de la Roque où existait encore au XIIe siècle un petit port fluvial, dit de " Rislecliff ". La présence des moines de Saint-Germain-des-Prés à Villa supra Mare (Saint-Germain-Village), tout près de Saint-Samson-de-la-Roque, n'est probablement pas étrangère à la conclusion d'un curieux accord commercial entre cette abbaye parisienne et le monastère breton de Pentale, accord dont nous devons la connaissance à une Vie de saint Samson postérieure au milieu du IXe siècle. Selon les termes de ce traité que l'auteur fait remonter aux premiers temps de l'abbaye de Pentale et qui, ajoute-t-il, était encore en vigueur à l'époque où il écrivait son ouvrage, les moines de Pentale s'engageaient à fournir le miel à ceux de Saint-Germain-des-Prés ; en échange, ces derniers étaient tenus d'approvisionner le monastère breton de la Risle en vin d'Ile-de-France.(page 106) […]

La colonisation scandinave.

[…] Vikings : les moines de La Croix-Saint-Ouen avaient fui sans retour avec leurs reliques ; la terre des moniales d'Andely appartenait à la cathédrale de Rouen au XIe siècle ; une partie du patrimoine foncier des moines de Port-Mort, à Longueville, était la propriété du duc encore peu avant 940 ; de même, les anciennes abbayes de Pentale, de Pennante et de Préaux n'existaient plus au Xe siècle, ni le petit monastère de Fleury, sur l'Andelle. Pentale comme Pennante se trouvaient dans une enclave du diocèse breton de Dol sur la basse Risle et l'estuaire de la Seine. On a longtemps ignoré jusqu'à la localisation de l'abbaye de Pennante, à Saint-Pierre-du-Val. Saint-Samson-sur-Risle (cne de Saint-Samson-de-la-Roque) était très probablement le site de l'abbaye de Pentale, fondée au VIe siècle par saint Samson de Dol. Or là, la mémoire du culte et du sanctuaire ne fut pas effacée. Une église paroissiale de Saint-Samson y fut consacrée en 1129, et par l'évêque de Dol, l'enclave bretonne ayant été de surcroît préservée ! Les bâtisseurs de l'église remployèrent quantité de matériaux sculptés préromans. Aux alentours se dressait également une chapelle, romane dans son dernier état mais entourée d'un cimetière mérovingien. (page 119).[…]

L'art médiéval dans l'Eure.

L'histoire de la création artistique dans l'Eure s'insère naturellement dans un plus vaste contexte, neustrien avant 911, normand après la naissance du duché de Normandie au traité de Saint-Clair-sur-Epte. Le rayonnement de la cité épiscopale d'Evreux, les pôles d'attraction d'implantations monastiques et villageoises que sont les cours d'eau, et notamment les vallées de la Risle et de l'Eure, la nécessité aussi de défendre parfois la frontière contre le domaine royal, sont à l'origine de la localisation d'un certain nombre de sites. L'art du haut Moyen Age est très mal connu : ses réalisations ont été balayées par les invasions nordiques. Il reste cependant quelques vestiges de cette époque et notamment ceux de l'abbaye de Pentale.

Pentale (Saint-Samson-sur-Risle)

Fondée par saint Samson de Dol peu avant 550, l'abbaye n'a pas survécu aux invasions. Une église paroissiale remontant sans doute au premier tiers du XIe siècle, puis remaniée et consacrée en 1129, a survécu jusqu'en 1827 et nous la connaissons par les descriptions de François Rever et de John Sell Cotman. Divers éléments préromans y étaient remployés. Ce sont en particulier des claveaux de brique moulée, des arcs destinés à recevoir des imbrications et une brique à inscription dont la graphie a été datée du dernier quart du VIIIe siècle par Jean Vezin. Des structures architecturales de date variée ont été retrouvées sur le site mais ont fait l'objet d'une approche méthodologique erronée par Léon Coutil. Il convient d'insister sur la présence d'un décor architectural en brique, suivant un principe bien défini par exemple au baptistère de Poitiers et qui se maintiendra sous une forme plus sommaire dans les édifices normands jusqu'à l'aube du XIe siècle.(p 154). […]

Les constructions de l'an mil.

Avec le gouvernement de Richard Ier et de Richard II s'amorce la reconstruction des grands édifices cathédraux et monastiques mais aussi des églises rurales. L'église paroissiale de Saint-Samson-sur-Risle, bâtie après l'an mil sur le site de l'abbaye préromane, était originellement composée d'une nef à collatéraux et d'un chœur très court séparé du vaisseau de nef par un grand arc reposant sur des chapiteaux maintenant conservés au musée d'Evreux. Son parti d'ensemble, avec des piles rectangulaires à impostes et de grandes arcades en plein cintre, ses gros chapiteaux à entrelacs ou végétaux inspirés du corinthien actuellement conservés au musée d'Evreux sont antérieurs au développement de l'art roman proprement dit. Si cet édifice était déjà relativement prestigieux, nombre de petites églises rebâties au temps de Richard Ier et de Richard II reprennent la construction de moellons et les appareils faisant alterner briques et pierres hérités du haut Moyen Age et de l'Antiquité tardive. C'est le cas de l'église de Rugles qui s'insère dans une série de reconstructions proches de l'an mille dans toute la Normandie, comme Reuilly ou Pîtres, Saint-Martin-de-la-Lieue, Vieux-Pont-en-Auge, Saint-Jean-de-Livet, Ouilly-le-Vicomte. Saint-Jean-le-Thomas et sans doute un peu plus tard, Condé-sur-Risle.(page 155).

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