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Restauration archéologique.
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La conservation et la restauration des objets archéologiques en métal

Une conférence de M.Bruno BELL,
conservateur-restaurateur

             d’objets en métal.

Commençons par définir le vocabulaire que nous utilisons :
Conservation : c’est l’ensemble des actions qui influencent l’environnement immédiat de l’objet dans le but de contrôler les facteurs de sa dégradation et donc de prolonger sa durée de vie :
-         L’humidité
-         L’oxygène
-         La lumière
-         La sélection des matériaux contenant les objets ou à leur contact. 
Restauration : ce sont les interventions directes sur un objet afin de le rendre compréhensible pour l’archéologue qui étudie le site ou le mettre en valeur pour son exposition. 

Tout le monde a sans doute déjà remarqué que les objets archéologiques en métal qui nous parviennent sont parfois méconnaissables et le plus souvent très différents de ce qu’ils étaient au moment de leur utilisation.
Pour comprendre ce qu’il s’est passé, revenons à l’origine du métal. La plupart des métaux sont issus d’un minerai et sont devenus métalliques grâce à une opération que l’on appelle réduction. Cela nécessite d’obtenir une haute température durant plusieurs heures, et de parfaitement contrôler la quantité d’oxygène qui parvient au cœur du foyer. Au terme de cette réduction, on obtient un matériau différent des minéraux que l’on a utilisés : le métal, avec des propriétés très particulières, que l’on va pouvoir fondre, forger, souder ou décorer.
Mais, par sa nature même, le métal est une matière instable, c’est-à-dire qu’il va tenter dès que l’occasion se présentera de retourner à son état minéral. On dit alors qu’il se corrode ou qu’il s’oxyde. C’est l’opération exactement inverse de la réduction, mais qui se produit, elle, à température ambiante : l’argent se ternit, le fer rouille. (Photos 1 et 2)

1-Corrosion du plomb
2-Corrosion d'une chaînette de laiton
3-Traces de polissage sur une lame de couteau

Les conditions qui déclenchent la corrosion sont l’humidité et la présence d’oxygène.
Voyons ce qui se passe lorsqu’un objet se trouve enfoui, que ce soit intentionnellement dans une sépulture ou accidentellement par perte ou destruction d’un bâtiment par exemple.
Tout d’abord il se forme une fine couche de produits de corrosion sur la surface, qui s’épaissit à l’extérieur de l’objet, emprisonnant les éléments qui se trouvent à proximité : grains de sable, terre, mais aussi textile, cuir, végétaux… La corrosion se poursuit parallèlement vers le cœur du métal, qui se minéralise et perd à la fois son aspect et ses propriétés métalliques. Nous constatons donc que la surface de l’objet s’est perdue entre plusieurs couches de corrosion. Au bout d’un temps très variable selon les conditions du milieu, la corrosion établit un équilibre avec le sédiment qui l’entoure, se ralentit, et peut même s’arrêter. Malheureusement, elle pourra reprendre s’il y a une modification notable du milieu d’enfouissement (inondation, labour plus profond, déforestation).
La mise au jour de l’objet lors de la fouille rompt cet équilibre. Le métal cherche donc à en établir un nouveau en reprenant sa corrosion, en général plus rapidement et de manière plus destructrice que lors de l’enfouissement. Tant que les conditions lui sont favorables, cette corrosion se poursuit s’il reste un noyau métallique dans notre objet. Sans traitement, il peut complètement disparaître par la propagation de fissures et la fragmentation qui s’ensuit.
Les conditions qui permettent cette attaque sont encore une fois l’humidité et la présence d’oxygène.

 Les messages portés par les objets issus de fouille.
Témoin d’un instant historique et technique : par exemple, une simple clef nous renseigne sur la maîtrise du travail d’un métal, mais aussi indirectement sur la serrure qu’elle ouvrait, sa complexité, ainsi que sur le fait qu’une porte était fermée pour empêcher quelqu’un d’accéder à un contenu.
Témoin de son usage : un objet usé, réparé à de nombreuses reprises, affûté ou réemployé nous informe sur sa vie. (Photo 3)
Témoin de pratiques funéraires : un objet neuf dans une sépulture n’a pas la même signification qu’un même instrument ayant servi au défunt durant sa vie, ou même qu’une représentation symbolique d’un objet.
Un point intéressant des objets en métal, est comme nous l’avons vu de développer ses produits de corrosion vers son entourage, piéger et fossiliser certains éléments qui se trouvent à proximité. Ainsi nous pourrons retrouver des traces de matériaux périssables : textile, cuir, bois ou encore peau. (Photos 4 et 5)

4-Restes de cuir au revers d'une plaque de boucle
5-Reste de textile au revers d'une plaque de boucle
Fibule de la rue du Mûrier restaurée

Quels sont les objectifs du restaurateur ?
Il faut l’imaginer comme le maillon d’une chaîne qui conduit de la fouille du site archéologique au classement d’un objet, que ce soit pour une exposition ou dans une réserve. Notre travail se conçoit comme un dialogue avec l’archéologue et la personne chargée de l’étude de l’objet. Chacun a des questions auxquelles les autres intervenants apporteront une réponse et qui permettront de reconstruire ensemble l’histoire de la découverte.
Les questions auxquelles nous allons chercher une réponse sont d’abord l’identification de l’objet, son ou ses matériaux constitutifs, puis la technique de mise en œuvre et/ou de réparation, enfin les traces qu’il porte, d’usure, d’usage ou fossile de contact. (Photo 6)
Ensuite, nous devons mettre en œuvre des techniques de conservation qui vont permettre à l’objet d’être toujours porteur de ses informations dans plusieurs années. 

Comment travaille-t-on ?
Avec la plupart des sens : observation, à l’œil nu ou à divers grossissements de loupes pour comprendre l’objet et ses altérations, noter ses dimensions et son aspect. En touchant et soupesant pour avoir des données sur l’état du matériau : certains objets en fer sont par exemple complètement creusés par la corrosion. Les odeurs sont parfois indicatrices des conditions d’enfouissement lorsque le milieux est sulfureux ou un tombeau. L’écoute de certains outils renseigne sur l’état du matériau : les objets qui sonnent creux du fait de leurs fissures.
Certaines technologies nous apportent des renseignements précieux : radiographie X ou Gamma qui permet de voir la structure interne d’un amas de corrosion ou d’éventuels décors, analyse élémentaire d’alliages ou de produits de corrosion pour adapter précisément un traitement.

Nous utilisons trois grandes familles d’outils :
-         Mécaniques : les fraises diamantées de prothésistes dentaires ou le micro sablage avec différents abrasifs pour user les couches de corrosion, les scalpels et pointes diverses en acier pour gratter.
-         Chimiques : les réactifs adaptés à l’élimination sélective d’un produit de corrosion.
-         Electro-chimiques : pour provoquer des réductions ponctuelles ou éliminer certains éléments nocifs à la conservation.

La technique la plus utilisée est le dégagement mécanique par abrasion. En effet, la succession des couches de corrosion sur un objet est significative de leurs positions par rapport à la surface de la pièce. Il convient d’abraser les produits de corrosion qui sont au-dessus et conserver ceux qui se trouvent au-dessous. Comme nous l’avons vu, la surface de l’objet est prisonnière de la corrosion et nous devons mettre à jour non pas la surface actuellement métallique, certains objets sont entièrement minéralisés, mais la surface de l’objet au moment de son abandon. Cette surface porte toutes les informations qui nous intéressent : forme, décor éventuel, traces d’utilisation. Seule l’abrasion mécanique permet de retrouver précisément cette surface en observant les différences de couleur, de dureté ou de densité. C’est ce qui explique qu’un objet restauré aura une couleur différente du métal d’origine : noir ou brun pour le fer, vert ou rouge pour les alliages à base de cuivre : bronze ou laiton. (Photo 7) Ce type de nettoyage permet aussi de conserver les traces des matériaux fossilisés.
Les bains chimiques, eux, ne feront pas de différence entre les couches de corrosion que nous voulons conserver et celle que nous voulons éliminer, si celles-ci sont de même composition.
Les traitements électrochimiques sont utilisables pour répondre à certains problèmes très spécifiques, à condition de parfaitement contrôler les différents paramètres, ce qui est délicat sur un objet issu de fouille.

 Lorsque des fissures sont présentes, nous utilisons des colles à différentes concentrations pour les consolider : fluides ou épaisses selon le résultat recherché.
Si des parties sont absentes, nous pouvons les recréer en résine synthétique, à la condition expresse de parfaitement connaître ce qui a disparu, soit par les observations faites au moment de la fouille, soit par analogie avec des objets semblables.
Il convient ensuite d’envisager la présentation de l’objet s’il doit être exposé, et le préparer par exemple en lui faisant un socle sur mesure pour qu’il tienne debout ou le rendre manipulable.

6-Mise en évidence de la technique de restauration d'une plaque-boucle
7- Monnaies avant et après restauration

Les travaux du restaurateur doivent être consignés dans un rapport, plus ou moins complet et complexe, qui reprend les techniques et les produits utilisés. Si un traitement doit être repris ou complété ultérieurement, ce rapport doit permettre de savoir ce qui a été fait pour ne pas utiliser un produit ou une technique contradictoire. Ce rapport note aussi toutes les observations que nous faisons sur l’objet au moment où nous travaillons dessus. En effet, lorsque l’on passe plusieurs heures à regarder un objet, parfois les yeux sur une loupe, on voit beaucoup de détails qui serviront aux chercheurs : traces d’usage ou techniques de fabrication.

 Comme nous l’avons vu précédemment, la couleur et parfois les formes d’un objet sont différentes de celles lors de son utilisation. Pour mieux comprendre certains objets, il peut être intéressant d’en réaliser une reproduction, que ce soit avec les mêmes techniques ou par moulage en lui rendant son aspect original. Par exemple un miroir parfaitement poli et brillant sera plus explicite que l’objet issu de la fouille, ou bien encore un outil ou une arme reconstituée avec ses accessoires : manche en bois et fourreau disparus durant l’enfouissement.

 Ces travaux qui se déroulent dans la confidentialité d’un atelier de restauration peuvent alors montrer leur résultat lors d’exposition dans des vitrines qui se doivent de respecter des normes d’humidité et d’éclairage, pour en assurer la pérennité pour les générations à venir.

Plaque-boucle damasquinée de la tombe 116 de la rue du Mûrier avant et après restauration - Longueur totale 16,5 cm

Photos et texte B.Bell - utilisation et reproduction interdites.

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